Cédric Roux
Présenté par Gérald Vidamment - Compétence Photo

Biographie

Né en 1982 en région parisienne, Cédric Roux est passionné de photographie de rue depuis de longues années. Mais il a tardé à pratiquer l’exercice, craignant de ne pas réussir à saisir les scènes de vie comme il le souhaitait. Il aura fallu attendre un premier voyage d’une semaine à New York en 2012 pour qu’il ose enfin franchir le pas. Depuis 2014, il s’y consacre régulièrement, se rendant tantôt sur le continent américain, tantôt dans des grandes villes d’Europe comme Istanbul, caractérisées par leur grande diversité culturelle. En 2017, il est finaliste de festivals de photographie de rue à Miami, San Francisco, Londres et Rome et obtient sa première publication dans le magazine America.

Eloge

Cachez donc ce visage que je ne saurais voir. Ce propos, ni Molière ni un photographe – de rue ou d’ailleurs – n’imaginerait le tenir. Mais voilà : en France, terre de Joseph Nicéphore Nièpce et de Louis Daguerre, s’applique un droit : celui lié à son image. Dans le Code civil, il se résume en seulement neuf mots : « Chacun a droit au respect de sa vie privée. » (article 9 alinéa 1er). Cet énoncé, aussi bref qu’évasif, impose de fait à tout photographe (français uniquement) ce que l’on pourrait affablement nommer un devoir de réserve au déclenchement en l’absence de l’accord préalable de la personne sur le point d’être photographiée. Face à ce questionnement récurrent avant chaque mouvement de l’index – ai-je ou n’ai-je pas le droit ? – Cédric Roux a tranché en relevant le défi de réaliser une série photographique intitulée Droit à l’image. Autrement dit, saisir dans la rue des scènes de vie respectant à la lettre le droit français tout en soulignant l’absurdité de la situation, qui incite notamment à prioriser la recherche de l’esthétique à défaut de pouvoir développer une approche plus documentaire.

Si, au nom du droit à l’image, Cédric a accepté – temporairement tout au moins – de se conformer à la loi en vigueur pour mener à bien sa quête photographique, il a toutefois fixé à son tour une règle intangible : s’interdire de photographier une personne de dos. En somme, pour chaque image, ce fut une rencontre fortuite de face, voire de profil, avec son sujet – parfois même plusieurs simultanément. Bien entendu, il fallait esquiver les visages. Pour y parvenir, Cédric aura usé de tous les stratagèmes. Au-delà des classiques jeux d’ombres et du recours aux contrastes extrêmes, il jongla habillement avec les cadrages, tira parti d’éléments obstruant la vue, profita de la moindre action fugace et de quelques heureux concours de circonstances patiemment attendus.

Cette quête photographique, Cédric Roux l’a mené sans relâche avec ce qui a toujours caractérisé son travail : la bienveillance. Finalement, si la série Droit à l’image cherche à interpeller tout un chacun sur le bien-fondé d’une loi hexagonale, elle participe plus encore à la réconciliation entre le photographe de rue et son sujet de prédilection : le passant. D’ailleurs, à en croire Cédric, ce dernier ne serait généralement pas avare de sourires, une fois la prise de vue effectuée et le photographe démasqué.
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