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IMG_6530E Raffaello Sanzio 1483-1520 Roma Tête d'Apôtre Head of an Apostle 1520 Musée Wien Albertina | by jean louis mazieres
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IMG_6530E Raffaello Sanzio 1483-1520 Roma Tête d'Apôtre Head of an Apostle 1520 Musée Wien Albertina

Raffaello Sanzio 1483-1520 Roma

Tête d'Apôtre

Head of an Apostle 1520

Musée Wien Albertina

 

ANTHROPOCENTRISME et ANTHROPOMORPHISME DANS L'ART (1)

 

L'Homme n'est qu'un animal parmi les autres : telle est la leçon de la peinture chinoise.

François CHENG. (« Toute beauté est singulière » « D’où jaillit le chant » « Shitao, la saveur du monde » "L'art du trait" )

Et telle n’est pas la leçon de la peinture européenne figurative qui donne plutôt l’impression que Dieu est un homme parmi d’autres.

 

 

Man is only one animal among the others: this is the lesson of Chinese painting.

François CHENG. ("All beauty is singular" "From where springs the song" "Shitao, the flavor of the world" "The art of the trait")

And this is not the lesson of figurative European painting, which rather gives the impression that God is one man among others.

 

 

Anthropocentrisme, anthropomorphisme, leur sens exact est sensiblement différent mais renvoie à une situation globalement très voisine : La représentation de la divinité sous une forme humaine est un témoignage du regard anthropocentriste de l'homme.

La peinture européenne porte témoignage de l'importance de l'homme, l'homme au sens de genre humain, dans la culture de cette partie du monde.

Ce n'est pas une conclusion que l'on peut tirer de manière aussi évidente de l'examen de l'art des lettrés chinois. Où au contraire l'homme est le plus souvent représenté comme un être minuscule, actif ou contemplatif, dans un monde dont l'immensité le dépasse totalement.

Ce n'est pas une conclusion que l'on peut tirer de l'examen de l'art religieux musulman qui interdit la représentation de Dieu.

Cette interdiction ne figure d'ailleurs pas dans le Coran. On peut certainement penser dans le cas de l'Islam, religion tardive héritière des traditions juive et chrétienne, à un phénomène d'intellectualisation et de rationalisation a posteriori de l'idée de Dieu par un groupe d'intellectuel à partir d'une prédication originelle très caractéristique des moeurs d'une société pastorale et nomade de bédouins.

 

Il résulte clairement de l'histoire humaine que l’adoration de la divinité par l'intermédiaire d'une image fait partie des besoins religieux les plus profonds de l’homme, et pas seulement du peuple illettré. L'homme veut se faire une image de Dieu pour mieux l'approcher. Ce sont les philosophes et les théologiens attachés à l'idée d'un dieu complètement transcendant et inconnaissable qui tentent d'imposer l'interdiction des images représentant la divinité. C'est un constat que l'on peut faire dès l'Egypte et l'Inde ancienne. Mais cette attitude est contraire au sentiment populaire et au besoin le plus profond d’une relation avec un dieu visible ou même tangible.

Les toutes premières manifestations d'anthropocentrisme et d'anthropomorphisme dans les représentations religieuses de l'humanité se constatent au néolithique avec les premières sculptures de la "Déesse Mère". Elles sont associées a des représentations animales, comme le taureau. Et cette association humain-animal va caractériser longtemps les systèmes religieux et leur iconographie, tant en Mésopotamie, qu'en Egypte, dans l' Inde brahmaniste et hindouiste, et ailleurs dans le monde, comme en Amérique. Dans toutes ces religions l'anthropomorphisme n'est donc pas exclusif d'autre formes de représentation de la divinité que celle humaine, et est le plus souvent essentiellement destiné à la religiosité populaire.

Sur le sol plus précisément européen cet anthropocentrisme et cet anthropomorphisme s'expriment très complètement avec les Dieux et les Déesses du paganisme antique. La Grèce a pratiqué une première "rationalisation" de la religion en éliminant l'animal de la représentation divine. Sauf le privilège de métamorphose qui caractérise Zeus, et qui est certainement un souvenir des religions anciennes, pré-indo-européenne, du totémisme et de la divinité animale.

 

L'anthropocentrisme est inscrit aussi dans la doctrine sémitique judaïque puisque selon la Genèse l'homme est créé à l'image de Dieu. Le peuple élu est même le peuple prêtre de l'humanité selon les doctrines rabbiniques postérieures. C'est le "tribal-centrisme". Mais il faut introduire une distinction : le Judaïsme est anthropocentriste mais très anciennement réticent vis à vis de l'anthropomorphisme et de la représentation imagée de Dieu sous une forme humaine. Les seuls représentations de Dieu qui paraissent autorisées sont abstraites ou tout au plus prennent la forme de la "main divine".

Au début du christianisme la représentation de Dieu ou du Christ sous une forme humaine sera aussi très limitée : un symbole (le poisson) ou "la main de Dieu" héritée du judaïsme.

Mais très vite le christianisme catholique va admettre la représentation imagée de Dieu et cette représentation sera anthropomorphe. Avec une survivance animale qui n'est plus que symbolique : Le Saint Esprit. Autour de Dieu apparaîtront les Archanges, Anges et Chérubins, toujours sous une forme humaine, malgré leurs ailes. Les Saints et les Saintes vont aussi donner à la religion catholique et à celle orthodoxe leur caractère anthropocentriste et anthropomorphique accentué.

La religion orthodoxe après avoir été tentée par le refus des images divines (l'iconoclasme) a fini par accepter la représentation imagée, de Dieu, de la Vierge, des Saints comme l'église catholique. Avec une différence c'est que l'église orthodoxe a accepté l'adoration des images alors que l'église catholique l'a condamnée.

L'hindouisme a adopté très tôt à propos de la représentation de la divinité et de l'usage de son image une doctrine extrêmement large et explicitement tolérante. Ce qui importe c'est la disposition mentale de chacun, la méthode d'approche qui le met le mieux en communication spirituelle avec le divin. Symbolique (le lingam), animale, végétale, humaine, abstraite, toute figuration ou non figuration, tout support à l'adoration et à la méditation est légitime s'il est en accord avec l'esprit de l'homme en recherche.

L'attitude catholique ou orthodoxe est moins théorisée et seulement pratique, mais elle n'est pas intolérante : Il n'a jamais été interdit à un esprit supérieur de refuser de se représenter Dieu sous une forme humaine ou même imagée. Le chrétien, catholique ou orthodoxe, est libre non seulement de ne pas adorer les images, mais de refuser de se faire une image de Dieu. Ces deux églises ont seulement bien compris que l'image était un véhicule qui favorisait et aidait la croyance populaire. Cette politique de tolérance a eu des conséquences remarquables pour la peinture et sculpture européenne.

L'anthropocentrisme et l'anthropomorphisme apparaissent clairement comme un source d'inspiration majeure tout au long de la peinture ( et de la sculpture) européenne depuis la Grèce et Rome jusqu'à l'Art Moderne. Le genre humain est représenté sous toutes ses formes et tout l'univers tourne autour de lui. Ce phénomène se constate aussi bien dans la peinture religieuse que dans celle profane.

L' Humanisme de la Renaissance n'est pas une désacralisation de la divinité, mais certainement une sacralisation de l'homme, et en tout cas de sa forme. Le plus bel animal de la création, l'humanisme et le catholicisme de la renaissance s'entendent parfaitement sur ce point.

Il faut observer à ce propos que l'acceptation des images de la divinité et de son environnement a été un moteur essentiel de l'art européen, de l'art hindouiste, de l'art bouddhiste. Certes l'art musulman a trouvé dans son écriture et dans des formes abstraites naturalistes une forme d'expression artistique tout à fait remarquable par son dépouillement, mais il est certain que la palette des formes et les modalités de l'expression esthétique ont été nécessairement beaucoup plus réduite.

Avec la Réforme la représentation de Dieu et de l'homme dans un environnement sacré (Vierge, Anges, Saints) va disparaitre ( le Calvinisme) ou se réduire ( le Luthéranisme et l'Anglicanisme).

Exit l'anthropomorphisme, mais pas du tout l'anthropocentrisme !

Toute la peinture réaliste, naturaliste et matérialiste des Pays Bas ne parle que de l'homme. L'homme en portrait, l'homme dans sa vie quotidienne, l'homme dans ses oeuvres. Contrairement à la peinture des lettrés chinois, l'homme n'est pas seulement un petit point insignifiant de l'art néerlandais. Il en est le centre. L'art protestant ne peint pas Dieu ou fort peu, il n'est guère anthropomorphique. Par contre il est incontestablement très anthropocentriste.

Si l'araignée savait peindre, Dieu serait araignée et le sommet de l'évolution serait aussi, bien sûr, l'araignée. Selon certains c'est une impossibilité absolue car l'évolution suit dans tous les univers un chemin à peu près semblable qui impose à la Vie de prendre des formes voisines à chaque stade de son cheminement. Les extra-terrestres pourraient tout à fait être verts, mais pas araignées.

Selon certaines idéologies contemporaines, l'homme n'a pas été créé par Dieu ou les Dieux, mais descend du singe. Il existe donc, en théorie, moins de motif pour que l'homme se sacralise et s'installe en plein milieu de l'Univers. Et l'art, qui reflète les grandes croyances humaines, devrait nécessairement en tenir compte.

C'est ainsi que l'Art Contemporain peint beaucoup de carrés, de rectangles, de cercles de couleur, les taches les plus diverses, et des lignes qui s'entrecroisent à l'infini. Mais il reste quand même des oeuvres humaines qui montrent que l'homme contemporain ne se désintéresse pas encore totalement de lui même. Et même qu'il essaie désespérément de se situer dans l'univers qui l'entoure : balais, serpillères, tas de gravats ou de charbon, chaises, tuyaux, tissus, coussins, échelles, lits, voitures calcinées, machines concassées, poutrelles de fer et blocs de bétons...

Tout un non-art contemporain officiel, qui par ses provocations intellectuellement, esthétiquement et éthiquement lamentables, témoignent de l'angoisse de l'homme occidental contemporain, confronté au vide de sa pensée métaphysique et de sa spiritualité.

 

 

ANTHROPOCENTRISM and ANTROPOMORPHISM IN ART

 

Anthropocentrism, anthropomorphism, their exact meaning is significantly different but refers to a situation generally very close: the representation of the deity in a human form is a testament to the anthropocentric look of man.

European painting bears witness to the importance of man, man in the sense of humanity, in the culture of this part of the world.

This is not a conclusion that can be drawn so obviously from the examination of the art of Chinese scholars. Where, on the contrary, man is most often represented as a tiny being, active or contemplative, in a world whose immensity exceeds him totally.

This is not a conclusion that can be drawn from the examination of Muslim religious art that does not represent God

This prohibition does not appear in the Qur'an. One can certainly think in the case of Islam, late religion heiress of Jewish and Christian traditions, to a phenomenon of intellectualization and rationalization a posteriori of the idea of God by a group of intellectuals from an original preaching very characteristic of the mores of a pastoral and nomadic Bedouin society.

It is clear from human history that adoration of divinity through an image is one of the deepest religious needs of man, not just the illiterate people. Man wants to make an image of God in order to come closer to him. It is the philosophers and theologians attached to the idea of a completely transcendent and unknowable god who try to impose the prohibition of images representing the deity. This is an observation that can be made from Egypt and ancient India. But this attitude is contrary to popular sentiment and tot the deepest need of a relationship with a visible or even tangible god.

The earliest artistic manifestations of anthropocentrism and anthropomorphism in the religious representations of humanity can be seen in the Neolithic with the first sculptures of the "Mother Goddess". They are associated with animal representations, like the bull. And this human - animal association will characterize religious systems and their iconography for a long time, both in Mesopotamia, in Egypt, in Brahman and Hindu India, and elsewhere in the world, as in America. In all these religions anthropomorphism is thus not exclusive of other forms of representation of divinity than that of man, and is most often essentially destined for popular religiosity.

On the specifically European soil, this anthropocentrism and anthropomorphism express themselves very completely with the gods and goddesses of ancient paganism. Greece practiced a first "rationalization" of religion by eliminating the animal from divine representation. Except for the privilege of metamorphosis which characterizes Zeus, and which is certainly a memory of the ancient, pre-Indo-European religions of totemism and animal divinity.

 

Anthropocentrism is also inscribed in Judaic Semitic doctrine since according to Genesis man is created in the image of God. The chosen people are even the priestly people of humanity according to later rabbinical doctrines. It's "tribal-centrism". But it is necessary to introduce a distinction: Judaism is anthropocentric but very reluctant vis-à-vis the anthropomorphism and the pictorial representation of God in a human form. The only representations of God that appear permissible are abstract or at most take the form of the "divine hand".

At the beginning of Christianity the representation of God or Christ in a human form will also be very limited: a symbol (the fish) or "the hand of God" inherited from Judaism.

But very soon Catholic Christianity will admit the pictorial representation of God and this representation will be anthropomorphic. With an animal survival that is only symbolic: The Holy Spirit. Around God will appear the Archangels, Angels and Cherubim, always in a human form, despite their wings. Saints will also give the Catholic and Orthodox religion their accentuated anthropocentric and anthropomorphic character.

Hinduism adopted very early, about the representation of divinity and the use of its image, an extremely broad and explicitly tolerant doctrine. What matters is the mental disposition of each, the method of approach that puts him best in spiritual communication with the divine. Symbolic (lingam), animal, vegetable, human, abstract, all figuration or non-figuration, all support for adoration and meditation is legitimate if it is in agreement with the spirit of the man in search.

The Catholic or Orthodox attitude is less theorized and only practical, but it is not intolerant: It has never been forbidden for a superior mind to refuse to represent God in human form or even pictorial. The Christian, Catholic or Orthodox is free not only not to worship the images but to refuse to make himself an image of God. These two churches only understood that the image was a vehicle that favored and helped popular belief. This policy of tolerance has had remarkable consequences for European painting and sculpture.

Anthropocentrism and anthropomorphism clearly appear as a major source of inspiration of all European painting (and sculpture) from to Greece and Rome up to Modern Art. The mankind is represented in all its forms, and the whole universe revolves around it. This phenomenon can be seen in both religious and secular painting.

Renaissance humanism is not a rejection of divinity, but certainly a sacralization of man, and in any case of his form. The most beautiful animal of the creation, the humanism and the catholicism of the rebirth agree perfectly on this point.

It must be observed here that the acceptance of the images of divinity and its environment has been an essential engine of European art, Hindu art and Buddhist art. Of course, Muslim art has found in its writing and in naturalist abstract forms a form of artistic expression quite remarkable for its sobriety, but it is certain that the range of forms and the modalities of aesthetic expression have necessarily been much smaller.

With the Reformation the representation of God and man in a sacred environment (Virgin, Angels, Saints) will disappear (Calvinism) or be reduced (Lutheranism and Anglicanism).

End of anthropomorphism, but not at all anthropocentrism!

All the realistic, naturalistic and materialistic painting of the Netherlands speaks only of man. The man in the portrait, the man in his daily life, the man in his works. Unlike the painting of Chinese scholars, man is not just a small insignificant point of Dutch art. The human being is not only an insignificant small point in Dutch art. He is the centre of it. Protestant art does not paint God or very little, it is hardly anthropomorphic. On the other hand, he is undoubtedly very anthropocentric.

If the spider knew how to paint, God would be spider and the summit of evolution would be, of course, the spider. According to some, it is an absolute impossibility, because evolution follows in all universes a nearly similar path that requires Life to take similar forms at each stage of its path. The aliens could quite be green, but they could not be spiders.

According to some contemporary ideologies, man was not created by God or the Gods, but descended from the monkey. There is, therefore, in theory, less reason for man to become sacred and settle in the middle of the Universe. And art, which reflects the great human beliefs, should necessarily take this into account.

This is how Contemporary Art paints many squares, rectangles, circles of color, the most diverse spots, and lines that intertwine to infinity. And even, that he desperately tries to situate himself in the universe that surrounds him: brooms, mops, piles of rubble or coal, chairs, pipes, fabrics, cushions, ladders, beds, burnt cars , crushed machines, iron beams and blocks of concretes .....

A whole official contemporary non-art, which by its intellectually, aesthetically and ethically pitiful provocations, bears witness to the anguish of contemporary Western man, confronted with the emptiness of his metaphysical thought and spirituality.

 

 

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Taken on October 3, 2019