Une Saison d'errance
Sur les Camps.
D'Austerlitz à La Chapelle en passant par Calais. Juin-Novembre 2015.


Suite au démantèlement du campement de La Chapelle par les autorités le 2 juin 2015, les migrants non pris en compte pour les hébergements, harcelés par la police, errent plusieurs jours dans le XVIIIe arrondissement jusqu'à l'esplanade de la halle Pajol, où, le lundi 8 juin, une très violente rafle est menée par les forces de l'ordre.

Réfugiés pendant quelques jours au Bois Dormoy, un jardin collectif, les migrants et leurs soutiens le quittent le 11 juin pour partir occuper pour un soir la caserne désaffectée de sapeurs-pompiers du Xe. Ils obtiennent alors 110 places d'hébergement d'urgence.

Le soir même, un campement réapparait au parc Éole, avec ceux une nouvelle fois non pris en charge. Soit une soixantaine de personnes et plus encore les jours suivants, jusqu'à l'évacuation du 19 juin, avec la proposition de 220 places supplémentaires de la mairie, venue sur le campement accompagnée de l'OFPRA et de l'association Emmaüs. Les CRS suivront après le départ des migrants... Des dizaines de personnes sont laissées à la rue. Les migrants absents du camp ce matin-là, par exemple occupés à des démarches auprès d'une association ou de la préfecture, n'ont pas été pris en compte. Certains ont pris peur en arrivant sur les lieux d'hébergement et reviennent dans le quartier. D'autres encore ont refusé la proposition, doutant des promesses qui leur ont été faites sans garantie.

Le 20 juin, faute d'alternative, le campement se reforme sur l'esplanade de la halle Pajol avec quelques dizaines de personnes. Il atteint à nouveau plus de 200 personnes lorsque la mairie, toujours accompagnée de l'OFPRA et d'Emmaüs, mais sans la police, revient et procède à l'évacuation le 9 juillet de près de 200 personnes vers des centres d'hébergement d'urgence ou à l'hôtel. Des migrants ne sont pas pris en charge et le camp se reconstitue le soir même. Plus de 300 personnes y vivent dans la plus grande précarité lorsque la mairie, l'OFPRA, Emmaüs et le cabinet du ministère de l'Intérieur procèdent le 29 juillet à une nouvelle évacuation qui sera, elle, définitive.

Le lendemain, les migrants restés sur la carreau et leur soutiens partent alors occuper pacifiquement les locaux de l'association Ni putes ni soumises. Après une nuit sur place, ils s'installent le 31 juillet dans l'ancien lycée Jean Quarré, désaffecté depuis plusieurs années. Deux mois plus tard, ce sont plus de 600 personnes qui ont trouvé refuge au lycée occupé, dit désormais la Maison des réfugiés.


Pendant ce temps-là, les campements dits d'Austerlitz attendent tout l'été, dans l'incertitude, leur évacuation régulièrement annoncée par la rumeur depuis le démantèlement de La Chapelle le 2 juin... Apparus à l'hiver 2012-13 sur les quais le long de la Seine, aux alentours et sous la Cité de la mode et du design, ces camps passent de près de 200 à plus de 400 personnes entre juin et septembre 2015.
Le démantèlement des camps du quai d'Austerlitz a finalement lieu le 17 septembre.

Ce même 17 septembre, de façon simultanée est évacué le camp apparu devant la mairie du XVIIIe le 4 septembre avec les personnes laissées sur le carreau après le démantèlement du camp du square Jessaint de La Chapelle. En quinze jours, le camp de la mairie du XVIIIe était passé de 30 à plus de 200 personnes.

Au cours de cette double opération, le lycée Jean Quarré, déjà surpeuplé, est bouclé par les forces de l'ordre pour empêcher ses occupants de rallier les points d'évacuation.

Avec la fermeture des camps d'Austerlitz et de la mairie du XVIIIe, le lycée offre désormais la seule alternative à la rue.
Le 25 septembre le tribunal administratif, saisi par la mairie de Paris, propriétaire de l'ancien lycée Jean Quarré, en ordonne l'expulsion. Le nombre d'occupants continue dangereusement d'augmenter de semaine en semaine jusqu'à l'évacuation et la fermeture du lieu le 23 octobre 2015. Près de 1300 personnes sont alors évacuées vers des hébergements d'urgence.

Une nouvelle fois des laissés pour compte restent à la rue après l'opération. Un rassemblement le jour même devant l'Hôtel de ville de Paris permet d'obtenir 80 hébergements supplémentaires. Dès le lendemain un campement extrêmement précaire se reforme place de la République, régulièrement dispersé par les forces de l'ordre au petit matin. Une première évacuation avec 88 hébergements a lieu le 30 octobre, puis une seconde, avec environ 350 hébergements, le 13 novembre. Quelques heures plus tard, la place de la République devient l'épicentre des attentats qui frappent Paris. L'état d'urgence est décrété, les rassemblements et manifestations interdits.

C'est la dispersion...
Jusqu'aux prochains campements qui ne manquent pas de réapparaître dans les semaines suivantes...

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