Fonds Camille Hammad, photographe de studio à Alep de 1933 à 1946
Camille Hammad (Alep 1914 – Paris 1985)

La carrière photographique de Camille Hammad aura été tumultueuse et météoritique. Ayant découvert la photographie à onze ans dans le laboratoire installé à domicile par son frère Bakri, il se passionne pour cette forme d’expression et réussit à persuader sa famille, quelques années plus tard, de lui payer des études photographiques pour qu’il exerce ce métier nouveau, en rupture totale avec les métiers traditionnels du négoce pratiqués depuis plusieurs générations. Il passe un an à Paris et un an à Londres pour maîtriser les dernières technologies de la profession. En rentrant à Alep, il ramène un matériel moderne qu’il installe au Studio Hammad, rue Baron, qui jouissait du statut d’avenue chic et en vogue.

Grâce à la qualité des éclairages et des prises de vue pratiquées en studio, Camille s’impose rapidement comme le photographe à la mode, attirant aussi bien la bourgeoisie d’Alep que les militaires et les admininastrateurs français du Mandat. C’est la photographie de portrait qui constitue la part principale de son activité. Certaines lumières, des ombres portées, des regards visant l’objectif ou détournés vers un ailleurs indéterminé, des meubles décoratifs et parfois une mise en scène théâtrale font partie des ingrédients de son succès. Une attention particulière est accordée aux encadrements et à la mise en page des images : Camille pousse l’attention jusqu’à un produit fini de qualité destiné à la représentation sociale. Son activité de photographe en plein air est relativement limitée, restreinte au cercle familial. Le cadre architectural et urbain d’Alep figure rarement dans sa production, mais lorsqu’il s’attaque à ces sujets, il révèle une maîtrise remarquable. Il ne s’intéresse pratiquement pas à la photographie de paysage ou de monuments : ce sont les personnes qui l’attirent.

Il a laissé une série intéressante d’autoportraits, dont une partie a disparu.

Sur le plan humain, Camille Hammad était une personne brillante, au sourire enjôleur. Bon vivant, grand séducteur, il a aimé beaucoup de femmes, comme il a aimé les courses et les jeux de hasard. C’est pour ces formes de la vie de bohème qu’il abandonna l’exercice de la photographie, où ses treize années (1933-1946) de pratique professionnelle ont laissé une trace forte, puisqu’il influença une génération entière de photographes aleppins.

Manar Hammad
19 janvier 2009

Le fond Camille Hammad est hébergé par la photothèque de l'Ifpo-Alep.
Le site de l'Ifpo : www.ifporient.org/
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