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Le musée de l'Institut du monde arabe a rouvert ses portes | by dalbera
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Le musée de l'Institut du monde arabe a rouvert ses portes

Le musée de l'Institut du monde arabe (IMA) a fait récemment peau neuve. L'ancien musée était déserté par le public au profit des expositions temporaires, il a donc été repensé et rouvert fin février 2012 avec une muséographie entièrement nouvelle.

 

Mené par Marie Foissy, l'ancienne directrice du musée des arts asiatiques de Nice qu'elle a su concevoir avec talent, et qui s'est entourée d'un comité d'experts, le projet de rénovation du musée de l'IMA a mis en œuvre des orientations qui privilégient la découverte de l'arabité plutôt que de l'islam, comme c'était le cas auparavant.

 

L'approche historique et thématique du monde arabe qui a été retenue fait une large place aux trois religions abrahamaniques qui sont pratiquées dans le monde arabe : le judaïsme, le christianisme et l'islam. Les cultures amazigh (berbère), kurde, assyro-chaldéenne, syriaque sont évoquées aux cotés des cultures antiques et islamiques dans le but de rendre compte, de manière pluridisciplinaire, de la diversité du monde arabe, avant comme après l'expansion de l'islam.

 

Les choix qui ont été faits ne plairont certainement pas aux fondamentalistes arabes mais ils ont le mérite de replacer le monde arabe dans une vraie perspective historique et d'en démontrer les racines profondes. Ces aspects historiques devraient inciter à la tolérance et aux échanges avec les autres cultures.

 

En complément de la présentation chronologique, plusieurs thèmes sont illustrés avec des objets et des productions multimédias : les Arabies, les figures du divin, les villes, la beauté, etc. Des sous-thèmes traitent de l'eau, de la calligraphie, de la musique, du mariage, des costumes et bijoux, des décors, de la science arabe, des communautés religieuses. Quelques œuvres contemporaines ponctuent le parcours.

 

Ces choix conceptuels devaient être traduits par le scénographe et devenir aisément compréhensibles par un visiteur ordinaire qui parcourt le musée. C'est là que les difficultés commencent car il faut faire découvrir ces notions historiques complexes en regroupant des objets caractéristiques, munis de cartels, de panneaux et de vidéos accessibles au plus large public sur des sujets souvent peu connus.

 

Des buts aussi ambitieux ne sont pas aisés à atteindre car les objets de musée ne parlent pas d'eux-mêmes, sauf à un public de spécialistes. Il faut accepter d'être pédagogue et ne pas trop privilégier l'esthétique des espaces, ce qui est trop souvent le cas dans les musées d'aujourd'hui. La pédagogie est renvoyée aux guides conférenciers, aux audioguides, parfois à des bornes multimédias ou à des publications à acheter.

 

Or il semble que c'est la beauté des espaces muséographiques créés qui ait été l'objectif prioritaire avec une scénographie brillante conçue par Roberto Ostinelli mais difficile à percevoir lors d'une première visite. La signalétique n'est elle aussi pas très lisible et comme le musée est à l'étroit dans ses murs, on a un peu le sentiment de virevolter d'un sujet à l'autre.

 

Certes il fallait être au niveau esthétique de l'exceptionnel bâtiment de Jean Nouvel et dans cette perspective c'est réussi. Mais ce grand architecte a conçu des espaces intérieurs difficiles à aménager, avec des couloirs multiples et des espaces inutilisables comme ceux à la pointe du bâtiment. Le scénographe a fait ce qu'il a pu mais la place manquait certainement.

 

Enfin, on peut s'interroger sur les raisons (politiques ?) qui ont poussé les responsables à ouvrir le musée aussi rapidement alors que certains cartels sont positionnés à l'envers, qu'il reste des plans de montage abandonnés dans les vitrines, que toutes les vidéos ne fonctionnent pas encore.

 

De plus, les visiteurs n'ont pas le droit de photographier ce qui est incompréhensible dans un musée comme celui-ci. Quels droits veut-on protéger ? Ceux du scénographe, des vidéastes, des conservateurs, des rédacteurs ? Inquiétant car cette interdiction montre le peu d'attention portée aux pratiques sociales d'aujourd'hui.

 

Il n'est pas exclu que les responsables soient obligés de revenir sur cette décision antidémocratique comme l'ont fait ceux du musée du quai Branly où les photographies étaient aussi interdites à l'ouverture du musée. Tout le monde sait que les visiteurs, qui aiment photographier, achètent la plupart du temps les publications qui d'ailleurs sont d'excellente qualité.

 

Il faudra refaire une visite dans quelques mois, le musée sera alors rodé et les points faibles actuels seront peut-être partiellement corrigés.

 

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Taken on April 12, 2008