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Les Corsaires de Salé ou saletins | by cafard cosmique
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Les Corsaires de Salé ou saletins

Je sais, j'ai déjà mis un terme à la série brume mais j'ai n'ai pas pu résister.

 

Au début du XVIIe siècle, au nom de la « vraie foi », Philippe II chasse du sol espagnol, les Musulmans.

40 000 dentre eux se réfugient au Maroc, dont

8 000 à Salé. Leur haine à légard des Espagnols est grande et la piraterie va leur permettre de se venger. Au cours du XVIIe siècle, Salé, devient le port corsaire le plus important du littoral atlantique marocain.

solidement fortifiée et inaccessible aux canons. Richelieu envoie devant Salé 7 navires pour bloquer la ville en1629. En 1635, les Anglais tentent de ramener les Salétins à la raison.

En 1680, Louis XIV parvient à bloquer Salé avec 6 vaisseaux. Il provoque la conclusion dun traité de paix qui accorde certains droits à la France et ouvre une ère de relations cordiales. Mais ces Musulmans brutalement exilés en Afrique du Nord, formeront la branche la plus active de résistance contre les Chrétiens.

Chassés d'Espagne la rage au coeur, ils auront sur le destin de Salé, une influence capitale. A Rabat, une longue muraille rougeâtre, témoin de cette époque, ferme le sud de la ville et porte le nom de muraille andalouse.

La république corsaire de Salé

Ces Andalous exilés ont des talents d'organisation, et réunissent au sein de leur communauté commerçants, médecins, artisans, savants... Dès 1627, ils fondent la république corsaire indépendante de Salé. Dirigée par un conseil élu de corsaires, elle traite dégal à égal avec les puissances européennes. Un caïd est nommé pour un an et la France installe même un agent consulaire.

Pourtant, les navires de ce petit état continuent à écumer les mers et restent pendant un demi-siècle, le fléau des flottes chrétiennes. En 1666, Moulay Rachid met fin à cette indépendance. Il s'empare de la ville mais ne modifie rien. Un gouverneur alaouite vient seconder le caïd.

LEspagne et le Portugal cherchent à prendre pied au Maroc afin de nuire. Ils découvrent les richesses cachées de l'Afrique, par un butin saisi à Sebta constitué de marchandises apportées par les caravanes d'Afrique saharienne et des Indes. Ils lancent une course chrétienne contre l'Islam afin de partager le Maghreb en domaine d'influence portugaise et castillane.

En colonisant les ports, ils cherchent à isoler de l'Europe, les pays maghrébins, dans le but d'y créer une asphyxie économique et une anarchie sociale. Cette reconquête chrétienne et l'occupation de certaines villes maritimes en terre d'Islam par les infidèles, sont une profonde offense pour le Sultan et ses sujets.

Moulay Rachid étend son pouvoir sur tout le royaume. La piraterie devient légale, soutenue et régie par le sultan. Les pirates deviennent corsaires et on parlera dès lors de Jihad maritime.

Le Jihad maritime

Pour le Maroc, le Jihad maritime devient une nécessité pour repousser les attaques des puissantes flottes espagnoles et portugaises qui imposent l'implantation de comptoirs sur les rivages du Maghreb.

Ceux-ci, transformés en places fortes, assurent la sécurité des flottes ibériques de retour des Amériques. Ils permettent aussi la colonisation de l'Afrique noire et donc la maîtrise de la route des épices détenue alors par le monde musulman. Le Maroc est le premier obstacle. La présence des Portugais et des Espagnols sur le sol national exalte la résistance politique et religieuse de tous les Marocains.

Chorfas et Idrissides, à travers leurs Zaouias, lancent la lutte contre l'étranger. Aussi, pour les habitants de Salé, se battre et piller en haute mer sur les côtes européennes est justifié. C'est une continuation des guerres saintes des premières dynasties et la défense des côtes marocaines. Les corsaires, hommes nobles et fiers ont la bénédiction des saints de Salé et sont intégrés dans la communauté de la ville.

C'est ainsi que sous la bannière de Jihad contre les infidèles, ils sengagent dans lentreprise de la course contre les Chrétiens. Ils créent aussi par le versement de la dîme sur le butin aux chefs locaux, un lien de protection. Ils transforment la cité corsaire de Salé, en place forte maritime musulmane en Atlantique. Cest ainsi que Salé, devient pour longtemps un bastion de la lutte contre les agressions chrétiennes et ceci quelque soit, la dynastie régnante.

Il est clair que les Musulmans jugent la course comme une action louable. Cest une oeuvre sacrée qui fait suite à la lutte séculaire menée contre les Chrétiens. Ceux-ci dans leur mouvement d'invasion d'Al-Andalous, ont été intraitables envers les Musulmans et ont fini par les expulser de leur patrie, après en avoir massacré une bonne partie au nom de l'inquisition.

En fait, la course est la poursuite d'un Jihad, que légitime le sort fait aux Musulmans par l'Europe chrétienne qui de plus, persévère dans ses actes d'hostilité par les attaques qu 'elle mène sans cesse contre les côtes dAfrique du nord.

Le Jihad maritime a depuis le XVIIe siècle été traité par des auteurs européens. Les chroniques musulmanes se sont contentées de citer quelques épisodes. Entre les deux interprétations, on relève une différence de ton. Pour les Européens, les Moudjahiddines de la mer troublaient le commerce sur mer et le repos de la chrétienté. Les deux points de vue sopposent. L'un exprime le sentiment du plus fort, l'Europe en pleine expansion.

L'autre, celui du plus faible concerne le Maghreb dont les actes de légitime défense sont présentés comme des crimes par l'ennemi. Dailleurs, les Européens jugeant ces opérations de piraterie gênantes pour leurs activités commerciales, les utilisaient aussi comme un bon prétexte pour arracher au Makhzen des dommages et intérêts. Ceci dans le but de ruiner son trésor et de rabaisser sa souveraineté.

Les Hornacheros

Les Hornacheros sont les derniers Andalous restés en Espagne après la chute du royaume de Grenade. Originaires dun petit village au sud-ouest de l'Espagne du nom de Hornachos, ils sont chassés par le roi Philippe II suite au décret stipulant « quaucun membre de la nation morisque, ne peut résider sur le territoire espagnol, sous peine de mort ».

Redoutables et hautement disciplinés, les Anglais les surnomment les « bandits de Salé ». Pour leurs frères musulmans, ils sont dignes de respect car ils mènent une guerre sainte. On les surnomme les « Al-Ghuzat;, titre réservé aux soldats qui s'étaient battus aux côtés du prophète Mohamed.

Hornacheros et Moriscos se fixent sur la rive gauche du Bou-Regreg avec le dessein d'assouvir leurs ambitions autant que leur haine de l'Espagnol et du Portugais. Alliés au Marabout Sidi Al Ayachi (1), ennemi juré du sultan, ce sont eux qui forment un gouvernement indépendant. Arrivés au Maroc, les poches pleines de ducats, ils deviennent aussitôt les grands animateurs du Jihad.

Les Andalous, ayant appris en Andalousie l'usage et la fabrique des armes,sont pour eux, de précieux collaborateurs. Les richesses et l'esprit d'entreprise des Hornacheros, alliés à la conviction des Andalous, et aux techniques guerrières des Marocains, permettent aux Salétins, de mettre sur pied une véritable armée. Les Hornacheros constituent un gouvernement sur le mode de celui d'Hornachos.

Leur république ploutocratique est administrée par un Diwan de 14 membres, présidé par un "Grand Amiral". Les finances sont alimentées par les revenus de la douane, les taxes de port.

Face à l'Europe absolutiste où se développent des états de plus en plus centralisés, les corsaires de Salé ressuscitent un modèle républicain proche de celui des villes italiennes du Moyen Age. Ils fortifient le Château qui, garni de cinq canons, se situe sur l'embouchure de la rivière.

(1) Sidi Mohammed Al-Ayachi, marabout vénéré par les marchands d'esclaves de Salé, est habile en politique. Il inspire une loyauté farouche à ses disciples, lesquels apprécient sa haine du christianisme.

Autres origines des corsaires de Salé

Nombreux sont les Chrétiens européens à rejoindre les rangs de la piraterie barbaresque. Appelés renégats (ou Rénégados) car convertis à l'Islam, ils sont des milliers à fuir l'Europe pour s'établir à Salé, mais aussi à Alger ou à Tunis.

L'absolutisme tombant comme une chape de plomb sur l'Europe, l'Islam représente alors une forme de liberté unique à l'époque. Il suffit de voir l'arbre généalogique de certaines familles pour découvrir un vieux capitaine de vaisseau chrétien (Fennich

).

Piraterie et course (la;qarçana;)

La piraterie est aussi vieille que la navigation. Elle infestait toutes les mers du monde et se développait autant chez les Chrétiens que chez les Musulmans. Si les Chrétiens paraissent avoir plus souffert de la piraterie musulmane, cest quils avaient un commerce plus important et des côtes moins faciles à défendre.

Les Musulmans n'eurent donc dans la piraterie, aucun monopole que les Chrétiens ne détenaient. Avec l'institution des lettres de marque, la piraterie verse dans la course légale avec la naissance du corsaire. Celui-ci a désormais un statut. C'est un soldat comme un autre, mais qui risque plus que d'autres. Aussi doit-il gagner plus que les autres. La lettre de marque est alors obligatoire pour partir en course.

Elle donne droit au capitaine de combattre pour le roi, faisant de lui un corsaire mandaté par son pays en cas de guerre. Il verse à l'état une partie de son butin. Selon le Petit Robert, la course consiste à « parcourir la mer pour pillet; . Cest une sorte de guerre maritime licite qui a ;ses lois et ses règles. Le pirate, par contre est "un voleur en haute mer».

Il ne rend de compte à personne et attaque tous les navires croisés sur son chemin. Les corsaires ne peuvent attaquer des navires détats en "paix" avec leurs seigneurs. Pour Salé, à part quelques cas isolés, lappellation « corsaires barbaresques » semble plus appropriée.

Corsaires slaouis célèbres

Les frères Barberousse illustrent la première étape à partir de 1504 en assurant sans cesse le transfert des morisques (Musulmans et Juifs) chassés d'Espagne vers les pays musulmans. L'Amiral Baba Arouj et son frère Khair Eddine, sont surnommés fléaux de la chrétienté. Mourad Raïs, un des plus féroces, est le premier grand pirate barbaresque indépendant. Chrétien, capturé à 12 ans par un corsaire algérien, il est le trait dunion entre les pirates dAlger et les corsaires de Salé.

Son vrai nom hollandais est Jean Janssen surnommé aussi John Barber. Pour gagner la confiance des Salétins, alors quil a déjà une femme et des enfants en Hollande, il épouse une mauresque de Salé.

Le sultan lui confie le commandement de la kasbah des Ouadayas. Il finit Amiral. Le dernier des grands Raïs de Salé, Sidi Abdallah ben Aïcha (ben Aïssa ou Benache) devient en 1684, ;général des vaisseaux de Salé.

En 1695, toute la famille Ben Aïcha est sur mer. Sur 5 navires, 3 sont commandés par Ben Aicha, son frère et son fils. Très estimé par Moulay Ismaïl, il est nommé ambassadeur à la cour de France, auprès de Louis XIV. Le raïs Fennich est son bras droit. Le Hollandais Cleas Gerritz Compaen, surnommé terreur des mers est basé à Salé.

Raïs Mohamed Hadj Candil, renégat dorigine française, tombe aux mains des marins français. Il est libéré en échange dune Française, captive à Meknès, courtisée par le fils du sultan Moulay Zidane. Quand la flotte salétine devient marine détat, le raïs Abou Abdallah Mohamed Larbi Al-Mestary devient Gouverneur de Salé.

Cette piraterie sous contrôle étatique, compte aussi un grand nombre de raïs dorigine ottomane : Salem Trabelsi, Joseph Tripolini, Amera Tripolissy et Juseph Trabolissy, dorigine Tripolitaine ; Acmet Mustagany et Ali Saboungi dorigine turque. On compte aussi dauthentiques marocains: Ben Hassoun Aouad, Hadj Abderahman Bargach, Hadj Abderahman Britel

Victimes des corsaires

Les équipages des navires capturés sont vendus comme esclaves ou donnés aux sultans. Sous la torture, beaucoup se convertissent à l'islam. « La vie et les étranges aventures de Robinson Crusoé » écrit en 1719 par un Anglais, Daniel Defoe, nest pas une fiction. Cest devant Salé que le héros aurait été capturé et cest par Bab Mrisa quil serait entré dans la ville doù il sévada ensuite et fut jeté par la tempête dans une île déserte.

Henri Boyde qui dessina l'arc de triomphe de Volubilis, est un capitaine anglais capturé par les corsaires de Salé et prisonnier du sultan Moulay Ismail. Il est racheté en 1721 par une mission anglaise.

Cervantès fut aussi prisonnier des corsaires, ce qui explique sa haine des Maures. Il est de coutume que les corsaires laissent le choix aux équipages vaincus d'être débarqués sur la terre la plus proche, d'être passés par le fil de l'épée ou de s'engager avec eux dans la course.

Fin de la piraterie de Salé

La course continue au temps des premiers sultans Alaouites au profit dune minorité. En 1672, le Sultan ordonne la création d'un Ministère de la Mer : "Ouizarat Al Bahr", qui reçoit pour première mission le contrôle des échanges par voie maritime et la prise en charge des marins et étrangers captifs qui deviennent prisonniers de guerre et monnaie d'échange entre états, et non plus des esclaves à vendre.

Moulay Ismaïl avait déjà opéré un gigantesque effort pour assurer la sécurité de circulation des hommes et des biens en mer, poursuivi par son petit fils Sidi Mohamed Ben Abdellah.

La course cesse définitivement au XIX siècle, après la renonciation de Moulay Slimane en 1818 à la guerre sainte et la suppression de la marine chérifienne. Moulay Hassan déploie d'énormes efforts pour reconstituer son armée et sa marine.

Mais les pays européens ne souhaitent pas que le Maroc, dont ils veulent s'emparer», possède une marine de guerre ou une flotte de commerce.

Source: Wikipedia

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Taken on May 17, 2009