La fin du CMC
Le naufrage d'un vaisseau.

Ces quelques photographies, prises entre avril et octobre 2011, témoignent du naufrage d’un vaisseau qui fut longtemps la fierté de la région. Composé de trois établissements situés sur la commune de Saint-Hilaire, vers le haut du village, ce vaisseau, à la merci du vandalisme depuis le printemps 2010, est devenu le terrain idéal de guerres simulées, la toile géante des tagueurs, le refuge de squatteurs et une histoire à raconter…
Sanatoriums à l'origine, ils ont su se reconvertir en centres médicaux traitant les pathologies les plus diverses. Tous les trois, exposés sur le contrefort sud-est de la Dent de Crolles, balcon oriental du Massif de Chartreuse, offrent une vue magnifique sur toute la Chaîne de Belledonne et le Massif du Mont Blanc.

Le sabordage du vaisseau !

Les risques naturels ont été le prétexte très controversé donné à l’époque pour justifier la fermeture des établissements. Parce que situés en zone rouge comme une bonne partie du village, sur le plan de la prévention des risques, le CMC et le CMUDD auraient été menacés de coulées d’avalanches et de chutes de rochers. Effectivement, le site connut en 1968 et 1970 plusieurs avalanches suscitant une réflexion sur la protection des bâtiments. Rapidement, les premiers travaux furent décidés.
D’autres avalanches en 1978 et en 1981 démontreront la limite de ces derniers. Aux techniques de lutte contre le départ de l’avalanche s'ajouteront les techniques pour retenir le manteau neigeux.
Malheureusement, le 9 février 1999, une avalanche balaya 20 chalets à Montroc dans la vallée de Chamonix, tuant 12 personnes. Rien de tel pour alimenter la psychose ou, selon la rumeur, une stratégie déjà bien avancée.
Compte tenu du coût prohibitif de leur protection, environ 20 millions d’Euros, l’Etat décida alors le principe de démolition des deux centres. Cependant, aucune échéance n’étant fixée, les propriétaires, en attendant la phase de démolition, furent sommés de sécuriser, dépolluer et de faire surveiller les bâtiments.
Seul l’établissement de Rocheplane situé en zone violette semblait échapper à cette décision. Faux espoir car celui-ci sera lui aussi rapidement abandonné !

Après le sabordage, aucun des propriétaires ne respectera l’ordre donné et les trois bâtiments seront livrés aux aléas. Il s’ensuivra un hallali et une impitoyable curée !

Aujourd’hui, chaque hôpital est dévoré, évidé de ce qu’il a de plus lucratif : le cuivre, la fonte… ; de plus opportun : le marbre, les cuisines en inox, les doubles vitrages, les sanitaires, les tuiles, le matériel de sport, l’informatique… Seuls sont délaissés les livres, les revues, les dossiers administratifs et parfois médicaux, les cartes de visite, quelques radios, du matériel, des lits et divers ustensiles, bassins de déjections, camisoles de force, prothèses de jambes…, les souvenirs, cartes postales, photos, peintures, piano droit…, coffre-fort, four à poterie et machines d’ascenseur car trop lourds ou inutiles !

Tout est défoncé, arraché, brisé, parfois souillé comme si un cataclysme s’était abattu sur ces lieux. Depuis, le vent, en nouveau maître absolu, transporte les plaintes des patients et des soignants, s’engouffre ici et là, par une porte dégondée, une fenêtre explosée, court le long des couloirs désossés, grimpe les cages d’escaliers, revisite perpétuellement sa proie, de la salle de théâtre à la piscine, des cuisines à la bibliothèque, de la chapelle aux salles de rééducation, des salles d’attente aux salles de soins, des archives aux ateliers, de la chaufferie aux chambres. Une par une, celles-ci sont inspectées, et sa course folle continue charriant fibres de laine de verre, particules d’amiante, poussières d’hôpitaux… Les portes claquent, les papiers s’envolent… Seuls les messages imprimés sur les murs résistent et communiquent des consignes devenues caduques, des remerciements, des preuves d'amour et de nostalgie… Nombreux tags viennent les rejoindre avec respect, souvent avec humour et, pour beaucoup, avec talent.
Le vent poursuit sa folle randonnée au ras du sol survolant débris de verre, flaques d’huile, billes pour armes de combats simulés, papiers, dossiers, disquettes, photos, parquets éventrés, cintres abandonnés, poudre de plâtre, détritus de toutes sortes… Faisant fi de ces obstacles, il les enveloppe, les contourne, les bouscule, les renverse pour reprendre sa route encombrée laissant derrière lui un sentiment d’angoisse et d’oppression…

En face, Belledonne, Dame des Alpes, immuable, observe la fin pathétique de trois vieux compagnons de route.

La fin du CMC

Le Centre Médico-Chirurgical (CMC) a été conçu en 1933 par les architectes Robert Fournez et Louis Sainsaulieu, à l’initiative du département du Rhône, pour soigner les tuberculeux non pris en charge par les hôpitaux du département. En 1968, il se reconvertit dans la rééducation des malades de la chirurgie orthopédique et traumatique et des malades cardiaques dès leur sortie d’hôpital.
D’une capacité de 550 lits, il accueillait les patients dans un espace de verdure à plus de 900 mètres d’altitude. Les chambres, toutes pourvues d’une terrasse de style colonial, contemplent toujours (septembre 2011) une des plus belles chaînes des Alpes.
A l’origine, l’établissement était déjà formé de deux ailes séparées : celle des hommes à gauche en entrant, « l’Aile Savoie », avec 450 lits, et celle des femmes à droite en entrant, « l’Aile Dauphiné », avec 100 lits. Celles-ci furent reliées en 1940 par un bâtiment central dans lequel étaient hébergés un bloc opératoire, des bureaux, une salle de théâtre et une chapelle.
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