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Abbatiale de la Sauve-Majeure (en ruine) | by kristobalite
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Abbatiale de la Sauve-Majeure (en ruine)

Abbaye romane de la Sauve-Majeure (en ruine) ; commune de La Sauve, département de la Gironde, Aquitaine, France

 

INTÉRIEUR

La nef

La nef de Notre-Dame de La Sauve était dans son dernier état un ample vaisseau de cinq travées flanqué de collatéraux, roman dans sa conception et son élévation mais couvert, par un changement de parti de dernière heure, ou à la suite d'un accident, de voûtes d'ogives qui comptent parmi les plus anciennes de ce type élevées en Guyenne. La nef avait une élévation à deux étages et un éclairage direct, ce qui est, ...tout à fait exceptionnel à cette époque dans le Sud-Ouest de la France. C'est en Bourgogne, à la nef de Vézelay, située, ..., sur la même route de pèlerinage, ou dans les premières constructions bernardines de l'ordre de Cîteaux, qu'il faut chercher l'origine d'une structure si généralement étrangère à l'Aqui­taine et réalisée d'ailleurs avec un excès de précautions, une robustesse un peu lourde, particulièrement dans les supports.

Que reste-t-il de cette partie de l'église ? Négligeant pour le moment ce qui subsiste de la façade, presque entièrement rasée du côté droit et fort mutilée de l'autre, pénétrons par l'emplacement du portail détruit dans ce qui fut une œuvre grandiose et demeure un impressionnant vestige. La file de piliers du côté Nord a disparu à l'exception du premier, réuni à celui qui lui fait pendant du côté Sud par une tribune du XVe siècle qui occupait une partie de la seconde travée et dont on voit encore le grand arc en tiers-point. De ce même côté septentrional la récente restauration a dégagé et refait sur une faible hauteur les socles et les bases qui comportent deux minces tores encadrant une large scotie et des griffes, où le sculpteur moderne a laissé un peu trop libre cours à sa fantaisie... . Remarquons au passage les différences de niveau qui existent entre la première travée et les autres, entre le collatéral Nord et le vaisseau central. Au Sud, se sont conservés tous les piliers, les grandes arcades en plein cintre à deux rouleaux, les murs des parties hautes des quatre dernières travées et les fenêtres des seconde, troisième et cinquième travées, la quatrième étant aveugle par suite de la présence du clocher sur la partie correspondante du bas-côté Sud. Les piliers sont cruciformes, avec une colonne engagée sur chaque face, pour recevoir des doubleaux au Nord et au Sud, et, sur les deux côtés restants, le rouleau intérieur des grandes arcades. Les chapiteaux qui subsistent portent un sobre décor de godrons, sauf à la jonction de la nef avec l'angle Sud-Ouest du transept, où apparaît l'acanthe. Du côté de la nef centrale un épaississement notable du bras de la croix que forment, dans le plan des piliers, les dosserets des colonnes qui portaient les doubleaux du grand vaisseau, montre avec certitude qu'on avait prévu dès l'origine un type de voûte dont les poussées étaient rejetées aux angles des travées - des voûtes d'arêtes plus que probablement -, ce qui tendrait à confirmer la parenté d'ordre général avec Vézelay. On voit aujourd'hui, sur de beaux chapiteaux à feuillages, les départs des doubleaux et les premières assises des ogives, qui forment deux tores épais encadrant une gorge où ont été réservées de grosses fleurs à cinq lobes. Ces nervures, posées de biais, comme à Saint-Ferme en Bazadais et à Saint-Macaire, prennent appui sur les dosserets épais, déjà décrits, qui n'ont pas, de toute évidence, été prévus pour les recevoir. Les fenêtres hautes sont en plein cintre, courtes, cantonnées de colonnettes minces, et tiennent en entier dans la lunette des voûtains, leur appui reposant au niveau des tailloirs de chapiteaux qui reçoivent les grandes voûtes. Ajoutons qu'on voit, encastrées dans les colonnes engagées qui supportaient les dou­bleaux de la nef, quatre des douze Apôtres en bas-relief dans des médaillons qui furent placés là, selon toute probabilité, lors de la consécration de 12 31. Une inscription en donne les noms : saint Mathieu, au premier pilier Nord, saint Jude, en pendant au midi, saint Barthélémy au deuxième pilier Sud et saint Jacques le Majeur au cinquième. Deux médail­lons semblables ont émigré à la façade de l'église de Haux.

L'ordonnance générale des bas-côtés répond logiquement à celle du grand vaisseau. Toute­fois des traces de contreforts dans le gouttereau Sud et dans la dernière travée du gouttereau Nord montrent qu'on avait prévu à l'origine une nef de six travées, lorsqu'on a commencé l'enveloppe extérieure de l'église, avec son cordon de billettes, dès le temps de saint Gérard, semble-t-il, c'est-à-dire vers la fin du XIe siècle. ... Actuellement, le collatéral Sud nous est conservé presque en entier; la première travée a perdu sa voûte; elle possède deux percements inégaux en plein cintre dont le plus grand est muni d'une feuillure, et qui abritent un puits. Au-dessus l'on voit une curieuse arcature étroite, dont les chapiteaux et les bases en bobine sont très archaïques. Les deux travées suivantes ont reçu par la suite des croisées d'ogives. La quatrième a été en partie obstruée par la cons­truction de la souche du clocher. Seule la cinquième a conservé intacte sa voûte d'arêtes ainsi que ses magnifiques chapiteaux, dont deux justement célèbres représentent respec­tivement le Sacrifice d'Abraham et le Martyre de saint Jean-Baptiste; ce sont deux compositions très serrées, dans un style mouvementé où l'on remarque l'extrême finesse des plis parallèles qui hachurent les vêtements. Au Nord, le bas-côté est réduit à la cinquième travée, avec une belle fenêtre soulignée d'un cordon de billettes et encadrée par une paire de colonnettes. Deux chapiteaux sculptés dont l'un orné de quatre beaux lions recevait autrefois les doubleaux d'une voûte d'arêtes qui n'a laissé que des arrachements.

Le transept

Le croisillon Nord, bien conservé à l'excep­tion des voûtes, est percé vers l'Ouest et vers l'Est de vastes fenêtres en plein cintre à deux rouleaux, dont le plus extérieur est accosté de colonnettes. Les baies de la paroi orientale sont décalées vers le Nord par rapport à l'ouver­ture des deux absidioles qu'elles surmontent, irrégularité qui se justifie par la présence, au-dehors, d'un toit conique au-dessus des absidioles en question. Les deux travées inégales de ce croisillon étaient séparées par un doubleau dont la retombée se composait, vers l'Ouest, d'un dosseret encore visible sis dans l'axe du mur gouttereau du bas-côté Nord; le piédroit correspondant à l'Est est interrompu à sa partie inférieure, qui empié­terait sans cela sur la plus septentrionale des absidioles. Au début du XVIe siècle, des voûtes d'ogives de style flamboyant dont les arrache­ments sont en place avaient remplacé les ber­ceaux d'origine, d'une largeur légèrement supérieure à dix mètres, et l'on avait ouvert de larges baies à remplages, encore visibles. Le pilier Nord-Ouest de la croisée a disparu. Les autres sont à ressauts multiples, accusant les jeux de lumière et d'ombre et reçoivent des départs d'ogives dans le style de la fin du XIIe siècle analogues à ceux de la nef, et proches également des nervures de Saint-Maurice d'Angers. Les piliers, comme dans la nef, étaient prévus pour un voûtement tout autre. Quand on considère la date, bien tardive, de la consécration, on s'interroge sur la valeur à lui accorder touchant les parties les plus récentes de la nouvelle église, c'est-à-dire le voûtement. Quelque décalage qu'il puisse y avoir entre la construction de Saint-Maurice d'Angers et les premières croisées d'ogives du Bordelais, on hésite à faire descendre la date des ogives de La Sauve jusqu'à 1231. Le croisillon méridional a été très éprouvé; seules en subsistent, et c'est heureux, la paroi orientale, les absidioles qui y prennent ouverture, et la portion du mur occidental attenant au collatéral Sud de la nef.

Chœur

On trouve ici un chœur à absidioles parallèles dont la profondeur diminue à mesure qu'on s'éloigne de l'abside. C'est le plan souvent appelé, de façon trop exclusive sans doute, plan bénédictin, car s'il trouve son origine dans le chœur de la deuxième des grandes abbatiales de pierre élevées à Cluny, on le retrouve au cours des XIe et XIIe siècles dans des églises dont toutes n'appartiennent pas à l'ordre de saint Benoît tandis que ce dernier s'est essayé à bien d'autres agencements. Quoiqu'il en soit, l'utilisation qui en a été faite à La Sauve est particulièrement harmonieuse. Par rapport à la nef orientée régulièrement, ce chœur accuse vers le Nord une déviation légère. Ses absidioles extrêmes sont semi-circulaires, éclairées par une baie axiale, et le cul-de-four en est renforcé à l'entrée par un doubleau en plein cintre sur demi-colonnes engagées; elles communiquent par un passage cintré avec la partie droite, très allongée, de deux autres absidioles qui sont tangentes au chœur et ouvrent sur lui, de chaque côté, par trois arcades d'un dessin heureux et d'une saveur peu commune : il s'agit de trois baies en plein cintre, assez courtes, dont l'appui repose sur un bahut bas mouluré. La baie qui est le plus près des piliers orientaux de la croisée repose sur de simples pilastres couronnés d'impostes, et n'a qu'un rouleau; les deux qui lui sont voisines sont à rouleau double retombant, au centre, sur une énorme colonne ronde appareillée, massive et trapue, tandis que le rouleau intérieur est soutenu aux extrémités par deux demi-colonnes plus petites se faisant face. La vigueur et l'originalité du parti architectural sont rehaussées par la qualité de la sculpture. La grosse colonne cylindrique du côté Nord montre un combat de centaures, la lutte de deux basilics contre deux aspics, l'attaque d'un lion bondis­sant par un homme armé d'un bouclier et d'une épée, enfin deux griffons buvant dans un vase. La corbeille de la demi-colonne qui lui correspond à l'Est reprend le thème des lions déjà traité à la cinquième travée du colla­téral Nord; à l'entrée du cul-de-four de l'absidiole voisine, deux chapiteaux pré­sentent l'un un couple de néréides faisant pendant sur l'autre à deux nommes empêtrés dans des lianes feuillues, ce qu'on a, un peu témérairement peut-être, interprété comme Ulysse et ses compagnons résistant à l'appel des sirènes. A l'entrée de la travée droite de cette même chapelle, on voit la scène de la Tentation, encadrée par le spectacle d'Adam labourant la terre et d'Eve allaitant. Du côté du midi, la grosse colonne du chœur présente d'admirables pommes de pin. Mais c'est dans la grande absidiole du même côté qu'on voit d'étonnantes sculptures : les Trois Tentations du Christ, qui trahissent curieuse­ment l'influence de la Bourgogne, car le Silène qui représente Satan ressemble à celui qui tente saint Antoine, abbé, à Saint-Paul de Varax; mais le Christ et les raides feuillages verticaux accusent la filiation directe des chapiteaux de Vézelay, de Saulieu et d'Autun. Trois épisodes de l'histoire de Samson, magnifiques de mouvement et d'équi­libre; enfin, Daniel entre les lions rugissants, avec un sourire d'une gravité toute mystique. La plupart de ces chapiteaux sont encore remarquables par la présence de volutes d'angle et d'un dé au centre de la corbeille, qui apparaissent comme une réminiscence de certains chapiteaux très struc­turés, antiquisants, et qu'on retrouve vers 1100 à Saint-Seurin de Bordeaux, beaucoup plus maladroits par ailleurs. Non moins digne d'attention est la fréquence de rinceaux et d'un entrelacs formé d'un mince ruban végétal à deux versants en bâtière, le plus souvent séparés par un grain d'orge. Ce type de ruban, qui peut se nouer ou s'enrouler selon les combinaisons les plus variées, semble avoir pour aire de prédilection le diocèse de Bazas avec une extension fréquente au Nord jusqu'à Saint-Quentin-de-Baron, et, vers le Sud-Est, jusqu'au Mas-d'Agenais. Il y a là, entre les influences quercynoises et languedociennes d'une part, et de l'autre la poussée du style saintongeais, des marques d'une originalité plastique qu'on devine, mais qu'il ne sera guère possible de déterminer vraiment tant qu'un corpus des chapiteaux romans n'aura pas été établi pour la région. Dans le chœur enfin, les arcatures ajourées de la travée droite prennent toute leur valeur; elles sont surmontées par deux longues fenêtres encadrées de colonnettes; à leur niveau une galerie dans l'épaisseur du mur est desservie par une vis logée dans la pile septentrionale qui supporte l'entrée du cul-de-four. L'abside, plus étroite que la travée précédente, est encadrée de deux ressauts; un cordon souligne la naissance de la voûte, deux longues colonnes, montant du sol jusqu'à ce cordon, adoucissent les angles du premier ressaut et soulignent la verticalité de l'hémicycle dont le seul décor est constitué par trois immenses fenêtres en plein cintre audacieusement ouvertes, dont les tailloirs des colonnettes aux fûts guillochés de chevrons se poursuivent en impostes. La gravité sereine d'une telle œuvre, même mutilée, la luminosité qui devait en être la caractéristique principale lorsque les voûtes existaient encore, l'autorité dans la mise en place des morceaux sculptés, tout décèle l'influence d'un architecte de premier plan, parfaitement maître de son savoir.

Les murs latéraux et le clocher

Les murs gouttereaux du côté Nord sont épaulés de gros contreforts qui sont l'œuvre d'Henri de Sourdis (1639-1645). Ceux du midi portent trace des arrachements du cloître gothique. De ce côté, la tour octogonale du clocher gothique jaillit de trois étages au-dessus du bas-côté. Elle a perdu sa flèche mais conserve une balustrade trilobée. De sa plate-forme, on jouit d'une vue de premier ordre sur le monas­tère, lisible au sol comme un plan d'architecte, sur les émouvants vestiges de l'église, sur la toile de fond que constitue le seul mur subsistant de l'immense réfectoire du xme siècle, sur la bourgade, enfin, et le paysage boisé qui l'environne.

EXTÉRIEUR

Le chevet

Tout ce majestueux développement d'absi-dioles est commandé par un effet de contraste : d'une part, l'abside; ses trois fenêtres au décor soigné, encadrées de contreforts-colonnes dans la meilleure tradition de l'Angoumois et de la Saintonge, sont couronnées d'une petite arcature trapue dont les socles sont empâtés de façon originale dans un glacis dont ils émergent à-demi; la sculpture - excellente -, la mouluration, où l'effet de douceur est obtenu par la multiplication des tores pour amortir les arêtes, tout contribue à produire une impres­sion de luxe et de magnificence raffinée, qui devait être plus vive encore lorsque la corniche détruite venait couronner l'ensemble (pl. 74). Contrastant, d'autre part, avec l'abside, voici les absidioles dans leur complet dépouillement : ici, les baies sont dépourvues de décor; seuls les contreforts-colonnes et les pilastres viennent scander la courbure des hémicycles. Les cor­niches ont été récemment reconstituées avec talent, mais avec un zèle intempestif : la quasi totalité des modillons est moderne, ...

Transept

Il y a peu à en dire; le bras Nord qui seul offre des vestiges de quelque importance montre des baies très simples et un gros contre­fort ajouté à l'angle Nord-Ouest.

...

 

(extrait de : Guyenne romane ; Pierre Dubourg-Noves, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, p. 211-221)

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Taken on August 6, 2011