Eglise San-Nicola d'Ottana

    Newer Older

    Eglise romane San-Nicola ; commune d'Ottana, province de Nuoro, Sardaigne, Italie

    En gravissant le perron qui de la place conduit au tertre sur lequel s'élève l'église, on a une vue en raccourci de la façade de l'église se détachant contre le ciel. Pour se rendre compte avant tout du caractère substantiellement un de la construction, il est conseillé de commencer la visite par l'intérieur auquel on accède habituellement par l'entrée septentrionale. ...

    ... Pour apprécier les façons de faire et la sensibilité de l'architecte auquel fut confiée l'exécution de l'extrémité du flanc Nord, il convient d'examiner d'abord le chevet à l'extérieur. Ici l'abside forme un renflement à une hauteur nettement distincte du haut pignon comme des deux blocs cubiques opposés qui détermi­nent le transept. Si le toit sur fermes en bois de la nef demanda un mur terminal à rampants avec arcature et corniche moulurée, ce fut également le type de couverture qui commanda le choix d'une conclusion horizontale pour les bras du transept, où la corniche moulurée est sensiblement au même niveau que les clefs de voûte du berceau. En conséquence les arceaux (quatre par partie) se déploient ici à l'horizontale, raccordant de larges pilastres d'angle à des lésènes adossées à l'abside, qui les uns et les autres naissent du talus de la haute plinthe. C'est par contre sur des bases moulurées insérées en interrom­pant le talus que prennent appui les lésènes qui divisent l'abside en cinq panneaux de deux arceaux chacun; une corniche moulurée sert de soutien à la couverture du cul-de-four. Le pignon est encadré de deux larges pilastres d'angle; on y trouve quatre arceaux par versant et les deux au sommet sont accolés. Juste au-dessous du modillon central s'ouvre une petite fenêtre cruciforme; il y a d'autres ouvertures dans les panneaux du transept et dans celui du milieu de l'abside, toutes fenêtres simples à large ébrasement cintré, avec un appui marqué d'une moulure en listel, peut-être souvenir d'une ascendance lucquoise. Sur les pilastres du pignon fait retour très brièvement la corniche moulurée qui court le long du haut du mur de la nef; une corniche identique borde le faîte des murs du transept. Sur le mur Nord de ce dernier, délimité par sept arceaux horizontaux entre les pilastres d'angle, se trouve marquée une division en deux panneaux au moyen d'une lésène à base moulurée qui vient mourir dans l'appui d'une fenêtre ouverte au nu du mur. Il s'agit là d'un artifice formel nécessaire pour remédier au défaut d'alignement entre la lésène et le modillon, sans doute faute d'avoir fait le calcul des intervalles sur la base des mesures standard selon lesquelles ont été taillés les arceaux monolithiques, tous en plein cintre et à double voussure très fine. Une fois relevées sur le mur Ouest du bras Nord du transept les mêmes caractéristiques que sur le mur Est (à l'exception toutefois de la fenêtre), on en vient à examiner le flanc Nord de la nef où des pilastres d'angle et d'étroites lésènes plates, reliées par des arceaux, déterminent six panneaux lisses. Comme tous les autres arceaux, ceux-ci retombent sur des modillons à cavet ou à quart de rond; certains portent une feuille pointue avec une seule nervure gravée. Il y a deux curieuses petites consoles à l'Ouest et au Nord du transept, décorées respective­ment d'une minuscule rosace et d'un chaton rectangulaire avec une Heur à six pétales. Tandis que les lésènes de l'abside sont surmontées de chapiteaux à feuilles d'eau de saveur classique, celles du flanc Nord (elles aussi sur des bases moulurées) ont des chapiteaux pourvus du même décor que les modillons. Des fenêtres ébrasées s'ouvrent dans un panneau sur deux; les deux premières à gauche ont dû être percées juste sous la voussure des arceaux car plus bas c'est le raccord du transept. Dans la zone haute des autres panneaux, l'appareil alterne des assises de trachyte rouge avec d'autres de la même pierre mais rosée. Cette tendance à la disposition bicolore des surfaces et le portail à linteau en tout analogue aux entrées en façade dans le flanc Sud sont l'indice de l'intervention d'une autre équipe; on lui doit l'achèvement de la construction à l'exception du bras méridional du transept, marqué par des bâtiments tardifs mais identique à celui du Nord et donc réalisé par la première équipe. La façade divisée en trois registres, se termine par un pignon avec une corniche moulurée ... Là se trouvent de larges pilastres d'angle qui marquent le plan sur lequel font saillie les corniches de séparation des registres, et bordent les panneaux déterminés par des lésènes recevant des archivoltes largement déployées. La première corniche (à partir du bas) fait très brièvement retour sur le flanc Nord, tandis que sur la droite elle se déploie sur toute l'épaisseur du pilastre d'angle. La seconde corniche n'est autre que le prolongement sur la façade du listel ornant le haut des flancs. C'est seulement dans le premier registre que les pilastres naissent du talus de la plinthe ; sur tous les trois, la corniche est interrompue par l'insertion des bases moulurées des lésènes, surmontées de chapiteaux sculptés de moulures concaves et convexes superposées et plus ou moins fines. On notera comment, de bas en haut, les lésènes deviennent imperceptiblement plus étroites, et aussi que l'archivolte médiane du premier registre est plus haute que les deux autres, comme le sont également le losange à gradins correspondant, sur l'axe du portail, la colonnette de la fenêtre double, les coupelles en majolique et le sommet du pignon. Un axe est ainsi déterminé que l'on voudrait dire «en perspective» par rapport auquel sont disposées symétriquement les trois fausses galeries dont les plans s'échelonnent en profondeur, avec une recherche d'effet qui n'est cependant pas convaincante, car fait défaut le trompe-l'œil souhaité. Au registre inférieur, le panneau central contient le portail avec une haute archivolte lisse sur des piédroits presque monolithiques pourvus de bases moulurées d'un tore et d'une scotie ; l'arc de décharge entoure un tympan au demi-cercle parfait. Dans le haut de chaque panneau est inséré un losange fait de plusieurs gradins avec alternance de couleurs. Dans les panneaux latéraux du registre médian on observe des losanges analogues de style pisan; dans celui du milieu s'ouvre une fenêtre double avec des arcs à double voussure qui retombent sur le chapiteau de la colonne médiane et latéralement sur des impostes sculptées en tout semblables aux autres corniches de la façade. Dans le parement du pignon où les archivoltes s'échelonnent pour s'adapter à l'inclinaison des rampants, sont insérées des coupelles en céramique de couleur vert acide teinté de jaune, exceptionnellement conservées à l'état originel.Pour l'étude du flanc méridional, il faut dès l'abord opérer une distinction entre l'extrémité de droite où l'on aperçoit dans le haut des arceaux monolithiques et où l'on peut voir le bras Sud du transept (qui doit être attribué à la «première équipe»), et par opposition la vaste section de jonction à la façade, qui du point de vue du style prend exemple sur celle-ci. La séparation entre ces deux parties est marquée par le pan de mur au parement nu délimité par des blocs en saillie pour l'ancrage d'un clocher dont les faces à l'Est et au Nord devaient respectivement prendre appui sur les murs du transept et de la nef. Les différences de couleurs dans le parement de trachyte permettent de relever comment l'appareil de la section de gauche se raccorde ici à celle de droite, marquant ainsi le point précis où l'œuvre des équipes est venu se rejoindre pour former une structure cohérente. Au premier étage de la tour on devait accéder de l'extérieur par l'arc d'une galerie dont l'imposte de départ se voit encore sur le pilastre adossé à droite ; comme le pilastre d'angle à gauche, il naît directement du talus de la plinthe, plutôt bas car de ce côté la hauteur ne va pas en diminuant comme au Nord. Les très hautes lésènes ont par contre des bases moulurées insérées dans le talus; elles s'élèvent jusqu'au niveau des chapiteaux sur lesquels retombent des arcs aveugles presque tangents à la corniche terminale, et exécutés avec la même technique que ceux de la façade, c'est-à-dire avec des blocs séparés et à double voussure : l'intérieure lisse, l'autre parcourue de cannelures. La première archivolte (à partir de la gauche) naît directement du pilastre d'angle; la dernière retombe sur une belle petite console de trachyte très sombre, avec une feuille recourbée; les autres prennent appui sur des chapiteaux semblables à ceux vus en façade. Le rythme est d'un arc par panneau; des panneaux pleins alternent avec d'autres percés d'archères à double ébrasement; le cintre de la fenêtre médiane est orné d'un motif en torsade. Le portail se trouve entièrement identique à celui de la façade; les piédroits (comme à l'entrée Nord) ne sont cependant pas monolithiques mais composés de plusieurs blocs du même trachyte chaud, rouge ou marron avec lequel est réalisé la presque totalité du parement.

    (extrait de : Sardaigne romane ; Renata Serra, Ed. du Zodiaque, Coll. La Nuit des Temps, 1979, pp. 285-293)

    Descriptif de l'édifice en italien (avec coordonnées GPS) : "Carta e Guida alle Chiese Romaniche della Sardegna" ; Sando Mezzolani, Collana NATURA e ARCHEOLOGIA, Alpha Editoriale, 2. éd. 2007

    keyboard shortcuts: previous photo next photo L view in light box F favorite < scroll film strip left > scroll film strip right ? show all shortcuts