Les quartiers disparus de Montréal : le Faubourg à m'lasse. 1963.
En 1958, la Société Radio-Canada est à la recherche d’un site sur lequel construire un nouvel immeuble afin d’y centraliser toutes ses activités. Les avis sont partagés. Le maire sortant Jean Drapeau continue de penser que la Société devrait s’installer dans le secteur visé par le plan Dozois. Mais le nouveau maire Sarto Fournier donne plutôt son appui au Centre Commercial de Montréal inc., qui propose une construction dans l’est du centre-ville, entre le boulevard Dorchester (René-Lévesque), la rue Craig (Viger), l’avenue Papineau et la rue Wolfe.

Sarto Fournier souhaite en effet la rénovation de ce secteur, habité en majeure partie par une population canadienne-française qui travaille dans le domaine manufacturier. Les espaces verts sont rares, les habitations souvent vieillissantes. Autrefois occupé par la bourgeoisie, le quartier s’est industrialisé dans la seconde moitié du XIXe siècle, accueillant une population ouvrière grandissante. Enfumé, bruyant, le secteur est surnommé le Faubourg à m’lasse dès 1880, en raison de l’odeur de la mélasse qu’on décharge sur les quais et du spectacle quotidien des enfants qui en ramassent les coulées s’échappant des grands tonneaux empilés sur le port. La grande crise économique de 1929 achève d’ébranler ce secteur appauvri.

En 1960, la Société Radio-Canada accepte la proposition du Centre Commercial de Montréal inc. et l’administration municipale enclenche le processus d’expropriation et de démolition du secteur. Près de 5 000 personnes sont déplacées jusqu’en octobre 1963. Au total, sont expropriés 678 logements, 12 épiceries, 13 restaurants, 8 garages et une vingtaine d’usines.
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