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Carmen... | by Christine Lebrasseur
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Carmen...

© Family picture. restaured by me

 

Un souffle, rien qu’un souffle animait encore

La cage aux barreaux d’os que la mort allait clore

Les yeux de l’agonie aux iris affadis

Voyaient encore une fois le film de sa vie.

 

Une vie de labeur, de naissances en série

Dix enfants nés vivants de son corps alourdi

Expatriée très jeune du pays de Cocagne

Treize années d’enfance et de travail en Espagne.

 

Seule fille de la famille, corvéable à merci

Elle était la servant de la tribu des siens

Une mère souveraine, exigeante et aigrie

Sur laquelle elle veilla jusqu’au dernier matin.

 

Femme elle ne fut que peu, le temps de se marier

Bien vite elle retrouva ses corvées en français

Tenir une maison, élever ses enfants

Si rêves elle avait eus, il n’en était plus temps.

 

Moi je ne me souviens que de ses confitures

Et de son poulailler, la cueillette des mûres

Son sourire éclatant lorsqu’elle me voyait

Les oranges aux girofles sur le poêle embaumaient.

 

De ses bras accueillants, de son sourire doux

Du trousseau de mariage qu’elle m’offrit le jour où

Je devins une femme ; mais dans ses yeux brillants

Pour toujours, à jamais, je restais une enfant.

 

Jusqu’à ce jour funeste, c’était il y a huit ans

Où mon octogénaire seconde maman

Partit, abandonnant le monde des vivants

Ce jour là je grandis pour tous mes jours restants.

 

De larmes en souvenirs, je lui parle souvent

Je ne crois pas en dieu, mais elle y croyait

Alors du paradis où elle s’est réfugiée

J’espère que mes pensées aimantes elle entend.

 

Ô dieu que tu me manques ma Carmencita

Tes berlingots, la cardeuse et le canevas

Tes fanchettes, tes fleurs et l’odeur de tes bras

Ma mamie, ma maman… ta petite fille à toi…

  

Textes © [Chris]

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Taken on July 19, 2006