new icn messageflickr-free-ic3d pan white
La France de Raymond Depardon | by armitiere
Back to photostream

La France de Raymond Depardon

Raymond Depardon aime le défi, l'expérimentation, les surprises, les projets au long cours. Sa série de films sur la paysannerie a requis dix années de travail patient, de recherches, de retours sur les lieux, de négociations avec les paysans. Il en résulte une construction en triptyque, qui transcende le documentaire sans verser dans la fiction. L'esprit en est résumé par la conversation de deux villageoises âgées. "Pourquoi me filmez-vous?" demande l'une. "Parce que vous êtes là!", dit l'autre. Montrer les choses et les êtres parce qu'ils sont là, les choisir en vertu de leur présence, c'est sans doute la source la plus limpide de l'oeuvre de Depardon. La phrase de la vieille paysanne, au-delà de l'anecdote, énonce la nature profonde de la photographie. Encore faut-il qu'un regard savant vienne découvrir les êtres ou les paysages au prix d'une longue quête, d'une attention soutenue, qu'un regard s'arrête, s'étonne et les invente. Fort de ce regard aguerri par les années de reportage et de voyages, Depardon se lance un défi: "photographier la France seul", assumer l'autonomie de la perception, la singularité du regard. Tout défi se propose un but, un objet, et s'accompagne de contraintes, de protocoles, sinon de rituels. Commençons par ce qu'il ne sera pas: inventaire monumental à la façon des grandes missions photographiques du XIXe siècle, manifeste écologique, vision rétrograde et passéiste de la transformation paysagère. Depardon choisit de voyager dans les interstices, dans les plis, dans les creux d'une France peu photographiée. Les métropoles, les monuments célèbres, les centres urbains compacts et minéraux laissent place aux aires indéfinies et aux angles morts. Il va où se produit le glissement des villes vers les périphéries, où s'appréhendent le passage de l'agricole au rural, le fléchissement du rural au périurbain. Se mouvant entre zones intermédiaires, lignes discontinues, limites poreuses, surfaces morcelées, Depardon rend perceptibles les stigmates de la transformation du paysage. Aussi ses images interrogent-elles les rapports qu'entretiennent, pour le meilleur ou pour le pire, la modernité, la transmission des récits et la perception de la notion de territoire(...)

 

Extrait de préface par Bruno Racine, président de la Bibliothèque nationale de France.

 

La France de Raymond Depardon (Ed. Seuil); 320 pages; 59.00 eur

 

 

826 views
0 faves
0 comments
Taken on August 29, 2010