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3615 I'M DEAD

3615 I’M DEAD

ZOKATOS

 

Exposition In&Out

Le Michelet

161Avenue de Verdun 94200 Ivry

Du 11 Mai au 30 juin 2012

 

Commémoration, ironie et technologie

 

Nous nouons avec les objets technologiques des relations ambigües entre l’usage et l’affection. Probablement, aucun d’entre eux n’est à proprement parler vécu comme un objet patrimonial, au sens institutionnel qu’a ce mot, ce qui explique la relation d’oubli volontaire ou indifférent que nous expérimentons lorsque nous changeons de technologie ou de dispositif technologique. Il faut la perspective de la révolution d’après pour pouvoir les regarder soit avec la nostalgie amusée de l’usage passé soit avec la compréhension de ce qui n’allait pas (ou allait moins bien pragmatiquement mais mieux d’un autre point de vue : les propriétés des dispositifs techniques ne sont pas toutes nécessairement pragmatiques, elles peuvent revêtir des relations au temps, ou traduire des formes d’usage différentes, peut-être plus rassurantes, mais c’est une autre question). Ainsi produisons nous une sorte d’archéologie actuelle ou immédiate, où des objets et des dispositifs hier encore d’usage deviennent des reliques. De ce point de vue, la proposition de Zokatos propose une idée originale qui ne manquera pas de faire sourire, peut-être tendrement : joindre, dans les lieux où se déployaient les bureaux d’Orange, les derniers Minitels visibles (un peu comme on parle du « dernier des Mohicans ») en une installation, le jour ils cessent officiellement d’exister en tant qu’objets techniques usuels (le 30 juin, le minitel cesse d’être). Dans le cas du Minitel, il y a un aspect intéressant, révélé par sa proximité avec les anciens téléphones : le Minitel c’était à la fois l’objet et le nom du dispositif. L’objet technique et la technologie (le type de réseau d’information s’appuyant sur le réseau téléphonique). Disposé comme des fruits colorés d’une terre technologique aride, les Minitels, téléphones et claviers reflètent un regard de double distance : comme objets obsolètes des usages de la civilisation technologique, d’une part, et comme objets familiers de notre paysage mémoriel, ayant été partie de notre vie matérielle, de l’autre. Leur ancienneté tient, peut-être, moins à l’obsolescence du dispositif qu’au rôle du design dans notre perception des objets. C’est en cet aspect ironique, qui mêle la tendresse, l’humour et le reflet muet, dont Zokatos joue, qui altère notre perception de ces objets, les rendant comme des choses habituelles desquelles on se débarrasserait, persuadés qu’elles ne servent plus à rien, mais retenus un instant dans notre regard par le souvenir qu’ils nous ont été proches. Au fond, ils sont comme la marque du temps se perdant.Ce que dit l’écran vide On se rappelle que le film Blade Runner avait réussi un rapprochement qui contrastait par un détail extrêmement subtil mais violent avec la tradition des films de science fiction. Son univers esthétique, au lieu de proposer un univers futuriste où prédominerait la lumière, les espaces propres connotés design et le verre (comme dans Star Wars, paradigme du genre), propose au contraire un monde sale, obscur, constamment traversé par la saleté, le chaos, une fange étrange, une pluie inquiétante et maudite, dans une contre utopie où le lieu de la révolution technologique (la ville Moderne) a tout mangé, tout détruit, tout formaté, tout réduit, pour laisser place à un espace calciné, ferrailleux, d’acier, de câbles, de ruelles sans lumière et de crasse. En présentant des écrans qui disent, comme dans une blague, quelque chose de la mort technologique (« Internet m’@ tué », « RIP 1982\2012 », « I will survive »..), l’installation nous plonge dans le futur actuel de l’accumulation des objets technologiques qui nous traverse entièrement. Les téléphones remplis d’énergie de part la peinture lyrique met également en scène une sorte de chamanisme, rite permettant une connexion afin de ressusciter les Minitels. Peut-être notre futur est-il codé dans cette contemplation d’écrans, comme si, sans le vouloir nous entreprenions de répéter ces gestes, qu’ils aient du sens ou non.

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Taken on June 19, 2012