Roche Bernaude (3222 m)
30 Juillet 2021 - Arête N

Les sommets au-dessus de Modane ont ceci de particulier : plus ils sont élevés, moins ils sont fréquentés. C'est le cas de la sauvage Aiguille de Scolette, mais aussi du Pic du Thabor (complètement délaissé au profit du "Mont"), et enfin de la Roche Bernaude à laquelle je m'intéresse aujourd'hui. L'ascension de cette montagne peut se faire depuis Valfréjus au nord, ou par la vallée Etroite au sud. En séjour du côté de Briançon, c'est naturellement ce dernier itinéraire que je choisis.

La vallée Etroite a longtemps été italienne en application de la ligne de partage des eaux comme frontière entre les deux pays. Mais en 1947, par le traité de Paris, la partie supérieure de la vallée est devenue française et a été rattachée à la commune de Névache. C'est aux granges de la Vallée Etroite, où je débute ma randonnée, que je réalise cette cocasserie : je suis en territoire français, mais ici tout le monde est italien !

Je démarre bien tard, aux alentours de 16h, profitant de la seule éclaircie de la journée. Matériel de bivouac sur le dos, bien entendu, car avec un horaire si avancé je sais déjà que je passerai la nuit là-haut. Où ? Aucune idée. Le refuge du Thabor est complet, donc j'improviserai.

Je remonte à grand pas le vallon de Tavernette, fais le plein d'eau dans le torrent, puis déniche un minuscule abri érigé derrière un rocher, dans le ravin de la Grosse Somme. Le sommet étant encore loin, je n'ai plus le temps de m'y rendre dans la soirée. Pas grave, j'irai demain matin.

La nuit est l'une des plus rudes que j'ai vécu en montagne. En effet un orage me surprend à 23h et je suis contraint, dans l'urgence, de quitter ma confortable prairie pour m'engouffrer dans l'abri en pierre. J'ai juste la place de m'y asseoir, avec mon matériel. Les heures passent, la pluie tombe violemment, les éclairs déchirent le ciel et la montagne vibre. Un spectacle son et lumière, à la fois fascinant et effrayant. A 2h du matin, la tempête passée, je peux enfin retourner m'allonger dans l'herbe et finir sereinement ma nuit.

Au petit matin je me mets en marche vers la Roche Bernaude. Je passe au col de Fontaine Froide et attaque les dalles du versant nord-ouest. Je rentre ensuite dans une combe minérale, alternant éboulis et névés. La trace est peu visible, c'est donc en suivant les cairns que je rejoins le col du Gran Somma.

J'hésite un instant à faire un crochet à la Cime de la Planette, me disant que c'est le genre de sommet secondaire que l'on gravit "aujourd'hui ou sans doute jamais", mais finalement je préfère me concentrer sur mon objectif principal, la Roche Bernaude.

L'arête nord, sans être difficile, nécessite tout de même de poser les mains sur du mauvais rocher, dans des passages parfois exposés. Une fois l'antécime franchie la progression devient très facile. Une plaque marque le point le plus occidental de l'Italie. C'est complètement anecdotique mais je trouve ce détail assez croustillant.

Le cône final se gravit aisément par des pierriers. Au sommet la vue est magnifique : je suis au centre des Alpes et je peux admirer un nombre infini de montagnes, du Mercantour à la Suisse !

Descente par les éboulis raides et instables de la rampe ouest. J'évite ainsi l'arête nord, mais ce passage à flanc est particulièrement pénible.

De retour au bivouac je plie mes affaires et me dirige vers l'ouest, car un autre grand sommet est au programme de la journée !
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