new icn messageflickr-free-ic3d pan white

SOLEIL ET PALMIERS de MARRAKECH**

Un monde est assoupi sous la voûte des cieux ?

Mais dans la voûte même où s'élèvent mes yeux,

Que de mondes nouveaux, que de soleils sans nombre,

Trahis par leur splendeur, étincellent dans l'ombre !

Les signes épuisés s'usent à les compter,

Et l'âme infatigable est lasse d'y monter !

Les siècles, accusant leur alphabet stérile,

De ces astres sans fin n'ont nommé qu'un sur mille ;

Que dis-je! Aux bords des cieux, ils n'ont vu qu'ondoyer

Les mourantes lueurs de ce lointain foyer ;

Là l'antique Orion des nuits perçant les voiles

Dont Job a le premier nommé les sept étoiles ;

Le navire fendant l'éther silencieux,

Le bouvier dont le char se traîne dans les cieux,

La lyre aux cordes d'or, le cygne aux blanches ailes,

Le coursier qui du ciel tire des étincelles,

La balance inclinant son bassin incertain,

Les blonds cheveux livrés au souffle du matin,

Le bélier, le taureau, l'aigle, le sagittaire,

Tout ce que les pasteurs contemplaient sur la terre,

Tout ce que les héros voulaient éterniser,

Tout ce que les amants ont pu diviniser,

Transporté dans le ciel par de touchants emblèmes,

N'a pu donner des noms à ces brillants systèmes.

Les cieux pour les mortels sont un livre entrouvert,

Ligne à ligne à leurs yeux par la nature offert ;

Chaque siècle avec peine en déchiffre une page,

Et dit : Ici finit ce magnifique ouvrage :

Mais sans cesse le doigt du céleste écrivain

Tourne un feuillet de plus de ce livre divin,

Et l'oeil voit, ébloui par ces brillants mystères,

Etinceler sans fin de plus beaux caractères !

---------------------------------------

Extrait de L'infini dans les CIEUX**

Alphonse de LAMARTINE.

-------------------

  

7,247 views
92 faves
375 comments
Taken on February 14, 2009