"Je réponds ordinairement à ceux qui me demandent la raison de mes voyages : que je sais bien ce que je fuis, mais non pas ce que je cherche." Montaigne

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DESSINER EN VOYAGE

Il me semble que je dessine depuis toujours. Mais un peu mieux seulement depuis quelque temps. Disons que j'ai appris à être spontané en croquant les portraits des gens sur les marchés chaque été, quand j'étais étudiant. C'est aussi à cette époque, je crois, que je me suis mis à dessiner tout ce que je voyais, l'important n'étant alors pas de raconter, mais de dessiner, d'apprendre à dessiner. Au fur et à mesure de mes carnets, j'ai appris à les scénariser un peu, à essayer de raconter un récit. Ma pratique de journaliste m'a sans doute beaucoup poussé dans ce sens.

Je dessine sur des Moleskine (les meilleurs carnets que j'ai trouvés) et transporte une petite boîte d'aquarelle. Trois fois rien. Le carnet de voyage est une grande liberté. Je ne fais aucun croquis préparatoire. Je me jette à l'eau directement au stylo noir indélébile et je colorise dans la foulée, sauf s'il y a un bus ou un train à prendre. J'aime beaucoup le noir et blanc. Mais le plus souvent, impossible de résister à la couleur.

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CROQUIS SUR LE VIF

Je dessine au maximum sur le vif, en live (même s'il peut m'arriver de retoucher après, d'après photo, voire d'avoir un coup de cœur un jour de pluie pour une carte postale ou une image dans un journal). Je dessine tout le temps. Debout. Accroupi. Sous la pluie. Je ne sais pas où je vais et je n'arrive jamais à faire ce que je veux. Le carnet a sa vie propre.

En même temps, au fil des jours, je modélise de plus en plus le carnet dans ma tête, je prends des notes pour ne pas oublier d'y faire figurer telle ou telle scène que j'ai vue, et qui me semble importante. Le carnet m'oblige à me documenter. Sert de mémoire. C'est un vrai travail et une bonne excuse pour ne pas jouer le touriste lambda. Il me pousse aussi à sortir des sentiers battus. Il faut que ce soit le voyage qui fasse le carnet. Pas l'inverse.

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LES GENS, LEURS HISTOIRES, LA VIE

Je travaille très vite. En même temps, je trouve toujours mes dessins trop propres. J'essaie de me tenir à la démarche d'un carnet de voyage : ce n'est pas une œuvre d'art, pas un livre, mais un carnet de notes, même si un peu plus élaboré que pour la plupart des gens. C'est une espèce d'équilibre à trouver entre l'esquisse, le mouvement, et quelque chose de plus fin.

Ce qui m'intéresse le plus, ce sont les gens. Les scènes de rues. La vie grouillante. Il faut du dessin d'architecture, car c'est le décor. Mais je recherche des histoires de vie. La bonne humeur d'une hôtesse de train. Les rides d'un gardien de piscine. La fatigue d'un chauffeur de tuk-tuk.

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LE DESSIN, UN SESAME

Je dirais encore que le dessin est véritable sésame en voyage. Il ouvre toutes les portes, délie les langues, entraîne des invitations. À Luang Prabang, au Laos, mon carnet est passé entre toutes les mains de marchands sur un marché de nuit. Ils rigolaient, tournaient les pages, commentaient. En Chine, il m'est arrivé de sauver in extremis un carnet d'un lynchage dans un petit village, car tous les habitants se l'arrachaient pour être le premier à voir.

Ça laisse des traces de doigts, des pages cornées. Ce n'est pas grave. Encore une fois, le carnet a sa vie propre. C'est aussi ce que j'ai à donner aux habitants que je rencontre. C'est ma monnaie d'échange.

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ELOGE DE LA LENTEUR

J'ai principalement voyagé au Maroc (1995), au Cambodge (1998), en Chine (2004) et en Europe. En 1996, j'ai aussi fait une traversée en stop du Canada et une virée aux États-Unis.

J'aime bien prendre le temps, faire six mètres par jour. Déteste les voyages pour touristes pressés. Et j'essaie, dans la mesure du possible, de consacrer un mois minimum à une destination. C'est déjà trop court.

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MARCHER AU HASARD

Le Cambodge a été un voyage extraordinaire de deux mois, quasi initiatique. J'y ai cousu mon costume de voyageur, si j'ose dire. La Chine est venue ensuite. Quatre mois dans des conditions particulières. Je vivais alors à Rennes, études plus ou moins terminées. Des amis installés là-bas m'ont fait signe. Je les ai rejoints dans leur appartement au milieu des Hutongs de Beijing. Et j'ai laissé ce pays me perdre tranquillement.

Au bout de deux semaines, je n'avais toujours pas vu les spots touristiques de la capitale, comme la cité interdite. “Qu'est-ce que tu fous ?!”, s'étonnaient mes amis. Je m'asseyais dans la rue, en bas. Je dessinais. J'écoutais. Je regardais. Je marchais au hasard. Je faisais vivre la maxime de Nicolas Bouvier dans L'usage du monde :
“Fainéanter dans des mondes neufs est la plus absorbante des occupations.”

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SE PERDRE ET REVENIR LEGER

Plus tard, mes amis sont partis. J'ai logé chez une fille qui bossait à l'ambassade du Danemark. Sur son balcon, je fumais des cigares avec son voisin, l'ambassadeur d'Haïti. J'ai logé dans une maison à cour carrée avec bassin à poissons et porte de la Lune à deux pas de la place Tiananmen. J'ai suivi dans les rues une anthropologue, qui, avec un vieux plan de 1750, tentait de retrouver les anciens temples transformés en maisons d'habitation pendant la révolution culturelle. J'ai erré dans les ruines des quartiers traditionnels défigurés par des armées de grues. J'ai pris des bus au hasard. J'ai voyagé à Tsing-Tao, Datun, Chengdu, remonté un bout du fleuve jaune en bateau, atterri à Shanghaï où j'ai à peine dormi, marchant toute la journée et faisant la fête avec la jeunesse dorée la nuit.

J'ai erré en Chine et je me suis admirablement perdu. J'ai perdu des bouts de moi. Et c'est ce qu'il faut en voyage. Non pas se garnir d'anecdotes, mais se débarrasser de tout ce qui nous encombre. Il faut revenir léger. Avec moins de certitudes qu'en partant. Avec rien de plus lourd qu'un carnet de voyage.

Yann-Armel Huet

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