L’origine du « Karton »

L’envie… Communiquer, faire passer un message !

La recherche… Le pictogramme d’un objet courant mais à la signification mystérieuse, un logo qui puisse s’interpréter de beaucoup de manières, une sorte de dessin signature que les gens puissent reconnaître facilement.

Le but… De l’art de rue qui ne soit pas réservé à un cercle fermé de connaisseurs, mais que tout le monde puisse comprendre et apprécier.

L'idée d’un carton est venue rapidement, car il donnait l'idée d'un cadeau, il est ouvert et offre la peinture qu’il contient, ce qui est un peu absurde, interpelle et fait sourire les passants.

Le Karton est comme une marque, un pictogramme. Vite reconnu, il joue avec le système publicitaire en reprenant les codes de matraquage visuel et d'identification. Seulement, le but de ce détournement est non pas de créer du besoin mais de rappeler un besoin élémentaire : celui de S ' EXPRIMER. Le karton est un trésor, il offre ce qu'il contient. Il invite à l'ouverture, à la créativité.
Ces touches de couleurs sont des clins d'oeil d'émotion sur les murs de la ville, qui appellent le sourire et la réflexion des passants qui deviennent les visiteurs d'une exposition vivante. Le Karton fonctionne avec le contexte urbain par contraste ou association, mais toujours avec un désir d'interraction visuelle avec le lieu où ils sont collés.
Un aspect différent du Karton se développe dans les lieux abandonnés. Le choix des friches est important, l'aspect dangereux en renforce la notion de préciosité. Les Kartons sont posés dans des lieux d'esthétique vieillie, passée, qui s'oppose bien à la force de la couleur. La recherche de justesse pour la lumière, l'emplacement et les coloris est importante. Elle engendre de vraies mises en scènes, révélant une certaine vision du lieu, sa beauté. C'est un acte qui concrétise un regard contemplatif, dont la photographie est le moyen de restitution.

Interview...

1. Est ce que tu peux pour commencer par me parler de ton parcours. Comment tu en es arrivé au street art?

Ca fait longtemps … Disons en bref que c’est une histoire d’expression. Depuis tout jeune je suis très sensible à l’expression artistique et puis à l’histoire, à la politique. Il y a un événement qui m’a marqué, tout jeune, et qui a eu son influence là-dessus. Un jour de sortie à l’école, une tempête de neige nous a contreints à nous réfugier dans un camp de concentration, au Struhof. Nous n’étions bien-sûr pas préparés à voir tant d’horreur, cette confrontation brutale a été un vrai traumatisme. Ca a nourri ma soif pour l’histoire mais aussi guidé ma sensibilité politique et mon besoin d’évacuer positivement ces concentrés de violences sur les murs. Ensuite en 1989, j’ai été à Berlin avec mes parents où j’ai vu le mur côté ouest avec tous ses messages politiques et de rébellion ; manifestation silencieuse mais bien visible. Il y avait aussi du graffiti plus classique dans le sens artistique. Puis nous avons passé une journée à l’est, là révolte enfantine contre la dictature et le pouvoir en général… Ce qui va encore justifier pour moi l’intérêt de crier sur les murs.
Au collège en cours de dessin, on a su stimuler mon imagination, mon goût pour l’originalité. Alors premier appareil, premières photo pour ma « galerie » personnelle de street-art … La même année, je roule sur mon skate un peu partout , premier magazine et première vidéo de planche à roulette avec son influence incontestée sur l’art contemporain, la mode, le graphisme, la musique… Je découvre un certain style de vie. Je rencontre quelques membres du MACIA CREW par ce sport, ils font du graffiti classique hip-hop, des fresques et des persos. Je commence à photographier toutes les œuvres urbaines illégales à Strasbourg. Je traîne au bunker de l’Orangerie, je monte sur les voies ferrées. Mais je commence aussi mes premières explorations de friches industrielles, ma première est une laiterie (maintenant Friche Laiterie et bureau des Taps, théatre de Strasbourg)… Ca m’inspire, je commence mes premiers graffs, mes premiers pochoirs. Des années après je découvre encore des nouveaux styles, de nouvelles pratiques dans ce mode si varié qu’est l’art urbain. Mais décidément, cet art est pour moi très politique.

2. Quelle sont tes techniques? Collage et bombe surtout?

J’utilise à peu près toutes les techniques classiques de marquage. Effectivement le plus souvent, la bombe de peinture, quelle belle invention ! Et aussi bien-sûr le collage, l’affiche, qu’elle soit une photocopie noir et blanc coloriée au Posca ou du papier Kraft au pinceau, ou plus moderne l’autocollant que je fabrique depuis peu en sérigraphie. Sinon j’utilise pas mal le pochoir dont j’aime innover les techniques. De temps en temps, le rouleau et la brosse avec de l’acrylique, le doigt dans la poussière d’un cul de camion - pas plus salissant que les sprays sans gants ! En saison, une boule de neige bien grosse et bien tassée sur un mur rugeux, le baton dans le sable d’une dune. Récemment j’ai testé l’extincteur, technique à utiliser avec précaution. Sinon la craie ou une vieille tuile pour marquer en orange, le couteau sur une veille table en bois, le ruban adhésif de plusieurs couleurs sur des vitrines … et d’autres selon les circonstances, quoi !..

3. Et cette image : ce karton ouvert? D'où vient elle? Tu peux me raconter son histoire et sa symbolique?

C’est une boite en carton contenant de la peinture vive. Je cherchais un coté absurde qui allait interpeler et questionner. Il y en a de nombreuses versions avec des variations de fonds, de détails, la fuite de peinture par exemple. Je cherchais un logotype « ouvert », une image, un objet courant qui puisse illuster beaucoup de messages. Il est ouvert sur son contenu, il offre ce qu’il y a à l’intérieur, c’est comme un cadeau, un surprise. Un contenu à définir…
Pour ma part il n’a pas toujours la même signification qu’il soit peint sur le mur d’une veille usine recouverte de végétation, où il peut apparaître pour celui qu’il le découvre comme un trésor brillant de toutes ses pépites, ou placardé et matraqué à l’aide d’affiches par centaines sur de vieilles vitrines ou autres supports « tolérés » en ville.
Dans le premier cas, il est plus esthétique par son contraste et l’envie de redonner de la couleur, dans l’autre c’est un détournement de la publicité, de la propagande consumériste, dans un but positif, lutte dérisoire et très concensuelle contre une arme du capitalisme, pour non plus créer de nouveaux besoins artificiels mais rappeler une notion indispensable : la libre expression, sans qu’elle rentre dans un cadre « légal », sans être autorisée, ni édulcorée, ni dénaturée…
Mais on peut y trouver du sens à l’infini, ça c’est le champ de l’imagination …

4. Et depuis combien de temps en recouvres tu les murs?

Depuis 3 ans environ … Et pas que les murs ! Il y a aussi des sols et des plafonds, des escaliers… Au debut je participais à de grandes fresques, j’y dessinais mon Karton comme un emblème au milieu des lettrages de mes collègues graffeurs, rencontrés lorsque je photographiais leur travaux pour ma « collection ». On faisait ça en terrain, de vrais musées à ciel ouvert ces lieux ! C’est à dire dans un lieu où le graffiti est toléré, même si des fois, on était dérangés voire harcelés par les autorités réprésives et armés.
Mais j’ai eu très vite envie de faire mes peintures en solo dans des lieux abandonnés, de vieilles usines, hopitaux désafectés, chantiers de restauration, garages automobiles fermés, hotels en faillite, tunnels interdits à la ciculation… Au bout de six mois j’ai commencé les affiches en ville. C’est avec cette technique que j’ai été « découvert » et que son côté politique à pris tout son sens pour moi.

5. Est ce que tu graffes aujourd'hui autant qu'à tes débuts? A quelle fréquence?

Je pose mes Kartons le plus souvent possible, partout ou je vais et surtout quand je pars en déplacement ou en vacances.
Il y en a maintenant ici et là, à Berlin, Paris, Bruxelles, Lyon, Toulouse, Metz et Strasbourg … et dans des dizaines de friches à travers la France et je découvre régulièrement de nouveaux endroits.
J’imagine plein de nouvelles idées de compositions autour de ce visuel même si je n’ai pas toujours le temps de les réaliser. La plupart du je peins un Karton classique, en noir et blanc avec une couleur.

6. On peut aujourd'hui acheter tes produits dérives sur ton site internet : stickers, etc. Pourquoi proposer cela?

Faux ! Le site d’un ami vend 3 modèles de tee-shirt Karton qu’il a fait faire en sérigraphie et on peut également y acheter un Karton logo « Superpromo » également sérigraphié sur une plaque d’aluminium.
Mais à part lors d’exposition, je ne vends rien. Je ne fais pas cet art pour l’argent, ce que je reçois me permet d’acheter quelques bombes de peinture. Je publie mes photos sur 2 sites, ce ne sont pas des sites marchants, mais plutôt des répertoires de mes productions.
www.flickr.com/photos/karton_street_art/
et
www.myspace.com/fais_tes_cartons

7. Est ce que cette démarche commerciale s'inscrit dans une logique d'invasion de l'espace? Est ce que tu es passé « chef d'orchestre »?

Donc je n’ai pas de démarche commerciale au sens ou je fais très rarement le commerce des œuvres. Mais par-contre j’imite, j’ironise sur la publicité, j’utilise les mêmes techniques, le logotype, le matragage, partout et tout le temps…

8. Je sais que dans ton travail le rapport au site est important. Notamment les couleurs que tu utilises dans tes compositions reprennent souvent celles du site d'origine. Est ce que tu n'as pas peur que les personnes qui achètent tes stickers soient un peu moins méticuleux dans leurs compositions?

Un sticker collé en ville c’est la trace de mon passage, c’est pour cela que je n’en vends pas ! J’en donne quelques-uns lorsqu’on me le demande… Et la plus part du temps les gens les concervent ou les collent chez eux ou sur leur comionette!

9. Tu travailles beaucoup dans des friches industrielles. Ces lieux ont une présence forte par eux mêmes et sont empreints d'une symbolique particulière. Est ce que tu considères leur rendre hommage par ton travail? Ou dénoncer leur abandon? Ou autre chose...

10. Est ce que tu penses qu'en venant travailler dans des friches industrielles tes compositions sont enrichies par la force du support? En même temps que tu l'enrichis avec ce que tu viens y ajouter?

J’aime l’exploration de friches et autres lieux abandonnés pour leur esthétique et leur ambiance. Avec mes peintures, je cherche le contraste avec leurs murs défraîchis et délavés, abimés … Je cherche des endroits insolites, des pieces avec de vieux papiers-peints… De vieux laboratoires, hôpitaux, de vielles usines. J’aime la lumière qui s’y engouffre, même si elle est infime (je fais parfois des photos de nuit). Je trouve ces lieux photogéniques et j’essaie de mettre ses espaces en scène au mieux en y posant mes Kartons, en composant avec leurs couleurs.

11. Encore une question sur les friches. Ce sont des lieux moins ostentatoires qu'une place ou une rue en centre ville. Je pense qu'en venant s'y placer ton travail gagne en force mais il est en même temps moins accessible (géographiquement). Est ce que tu n'as pas l'impression que certains artistes au contraire se servent de la rue pour y faire leur auto promotion (sombrant dans l'ostentation... pour pas dire pornographie?)

Certains artistes dont je fais partie ! J’intervient également beaucoup en ville. J’ai beaucoup de respect et d’admiration pour les graffeurs, taggeurs, et street artistes en général … C’est une façon de dire qu’on est là, que le pouvoir quel qu’il soit n’a pas d’emprise sur nous… Que nous seront encore là après eux !!!
Je ne vois pas de rapport avec la pornographie. Je pense qu’il y a un côté rétrograde à refuser de voir les choses. Je suis pour l’auto-promotion avec les moyens du bord et une bonne dose de culot. C’est de la pub « illégale ». La pub est partout en ville, avec des sourires hypocrites pour l’arnaque en nous faisant acheter ce dont nous n’avons pas besoin pour être bien. En faisant ça je fais la promotion de l’expression libre, gratuite et épanouissante !!!!!!!!!!!

12. Et quels plans pour demain?
Des formats géants ! Mon plus grand Karton actuellement fait quatre mètres de haut et j’aimerais en faire de bien plus gros ! Des fresques aussi, des compositions au pochoir. J’ai également pas mal de projets d’expositions dans mes cartons et j’aimerais aussi réaliser un petit film…

13. Une dernière question un peu générale. Dans mon mémoire j'essaye de développer une approche du street art comme élément fondateur de la ville : un élément générateur de sens et offrant un nouveau niveau de lecture de l'urbain. Qu'est ce que tu en penses? Comment tu positionnes ta démarche et ton travail par rapport à ça?

Oui il faut donner la parole au habitants de la ville, qu’il puissent s’approprier leurs espaces, colorer les murs gris des autoroutes et boulevards périphériques des grandes aglomérations par exemple. Laisser les gens peindre leurs rues, leurs trottoirs, arréter d’effacer l’expression des gens. Par exemple, on devrait pouvoir dire qu’on est choqué par les chasses à l’homme instutué par le pouvoir français actuellement en place et le marquer sur les murs. Il y a quelque chose d’absurde et de malsain dans l’effacement systématique et rapide des graffitis par les mairies qu’elles soit de droite ou de gauche …
Pour moi le street art doit délivrer un message, une critique de notre société. Il doit constituer une soupape de sécurité.
Mais bien sûr, s’il le peut, il doit le faire en couleur et avec humour, ne pas se prendre au sérieux.

Fight the Power !!!

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Name:
Karton carton de peinture
Joined:
December 2008
Occupation:
peintre photographe
Website:
C'est un véritable Karton!