MOD
Roland* PRO 10:25pm, 9 September 2011
Tableau différentiel entre les cèpes au Québec
Tableau différentiel entre les cèpes au Québec
Est-ce qu'en "actualisant" ton tableau, tu jettes l'ancien, et du même coup les commentaires qui étaient écrits en-dessous disparaissent?

Y :-)
MOD
Roland* PRO Posted 7 years ago. Edited by Roland* (moderator) 7 years ago
Il est sous le tableau dans ma page.
Cliques sur le tableau-ci-dessus, tu le retrouveras où il a été déposé.
Il serait intéressant qu'il soit également déposé ici.

Roland
Schtroumpfus criticus PRO Posted 7 years ago. Edited by Schtroumpfus criticus (member) 7 years ago
J'avais envoyé le courriel ci-dessous en privé à Roland. Vous connaissez tous son dynamisme, alors il m'a demandé de copier mes propos ici, puisque les infos dans ce tableau viennent également de mes observations personnelles.
-------------

Roland :
Tu sais sûrement que les cèpes sont bien plus compliqués que cela.

Seul Boletus subcaerulescens est bien caractérisé. Mais on peut tout de même trouver des basidiomes identiques aux autres espèces, basidiomes dont seuls le test à l'ammoniaque ou l'observation de la cuticule pourront permettre de les identifier avec assurance.

Il est également certain que Peck confondait tout autant nos cèpes des conifères que celui des chênaies sous sa "var. clavipes", plus tard élevée au rang d'espèce par Pilát & Dermek.

Geoffrey Kibby, qui connaît bien les cèpes européens, nommait "Boletus clavipes" le cèpe des épinettes de Norvège au Québec, en 1993. Quand je lui ai montré des basidiomes frais de "mon cèpe" du chêne rouge alors qu'il était au Québec, en 1996, il l'a nommé "Boletus trigonospora Watling", mais il n'était pas sûr du nom... Effectivement, ce nom n'existe pas, du moins dans IF. Et les basides de l'espèce du chêne ne sont pas tri-sporées non plus. Mais l'important, pour moi, c'est que Geoffrey était d'accord que le "cèpe du chêne" avait l'air bien distinct de celui des conifères, qu'il avait également vu à l'état frais dans la même semaine.

Entre-temps, en Europe, des chercheurs ont appris par l'ADN que le "vrai edulis" pousse surtout avec les épinettes de 30 ans... ET avec les chênes de 75 ans! Conclusion? On en peut rien affirmer pour chez nous.

Puisque le pied est ventru et énorme chez l'«edulis européen», Peck a tout de même eu raison de dire que les nôtres étaient clavés, d'où la raison de sa «variété clavipes».

Et qu'en est-il vraiment de chippewaensis Thiers & A. H. Smith?
Ça non plus on ne le sait pas avec totale certitude...
Entre autres, parce qu'un cèpe roux devient parfois un cèpe jaune taché de roux en prenant de l'expansion (chippewaensis ss. stricto).

Mais un cèpe roux pousse parfois en mélange avec un cèpe brun rougeâtre, et/ou avec un cèpe beige jaunâtre, et parfois même à peine beige pâle, voire blanchâtre! Toutes ces formes de couleurs peuvent être vues poussant en dessous de trois épinettes blanches sur un terrain tout près de chez moi. Alors je les surveille pousser et je regarde leurs couleurs depuis quelques années.

Alors à l'oeil nu, un cèpe roux peut être B. subcaerulescens ou B. chippewaensis ss. Y. Lamoureux.

Par ailleurs, as-tu remarqué que nos cèpes des conifères ont souvent un peu de lilas pourpré à la marge du chapeau, mais seulement par endroits? Si l'on met de l'ammoniaque sur cet endroit violet, il ne tourne pas au vert. C'est une chance! (J'en ai testé plusieurs, crois-moi...). Cette couleur lilas pourpré est fugace après la récolte.

Rolf Singer, vers les années 1960, tout comme Kibby dans les années 1980-2000, et bien auparavant Peck en 1885-1905, puis Snell & Dick dans les années 1940-1960, niaient tous la présence d'edulis Fr. ss. stricto en Amérique. C'est au moins ça... je suis parfaitement d'accord avec eux pour l'avoir vu en France, identifié par Marcel Bon (le mentor de Courtecuisse).

Mais on est loin de connaître la conclusion de toute cette histoire. Personnellement, c'est après avoir vu pousser des cèpes jaunes tachés de roux (= chippewaensis ss. stricto), exactement au même endroit où je voyais habituellement des cèpes brun rougeâtre ou beige jaunâtre terne, que j'ai décidé de mettre "tout ça" sous le même nom. J'ai alors choisi un nom américain valide, Boletus chippewaensis, le seul disponible outre B. clavipes. De plus, Tim Baroni m'avait dit lors d'un Foray américain que la forme d'edulis à chapeau roux sur fond jaune, nommée B. chippewaensis par Smith & Thiers, était la plus commune dans l'État de New York (comm. orale, 1996-97?).

Boletus clavipes est sans doute un taxon regroupant à la fois tous nos cèpes, car ils sont tous à pied clavé ou égal, mais jamais ventrus, sauf sur des boutons souterrains.

Cela dit, la planche couleur originale, accompagnant la description de Peck de sa variété clavipes, montre un cèpe identique à celui que je trouve sous les chênes, avec le pied TOUJOURS réticulé jusqu'à la base (Peck insiste sur ce caractère dans sa description). Le seul cèpe que je connais, qui est toujours entièrement réticulé, est celui du chêne rouge à Longueuil (note que je ne l'ai jamais vu ailleurs avec assurance), car il y avait toujours soit des bouleaux, soit des conifères pas loin. À Longueuil, il n'y a que des chênes rouges à UN seul endroit, et c'est là que j'ai étudié B. clavipes pendant 15 ans. Je n'ai jamais vu de lilas à la marge des chapeaux à cet endroit. De plus, je ne l'ai jamais vu pousser avec le centre brun rougeâtre foncé comme le montre si souvent le cèpe des conifères, surtout à maturité.

Par ailleurs, Thiers & A. H. Smith (1971) ont décrit une "var. ochraceus" d'edulis aux hyphes piléiques diverticulées. Je l'ai cherchée en vain sans succès jusqu'ici.

Par ailleurs no 2, Boletus pinophilus (= B. pinicola), décrit d'Europe, est recensé dans l'est de l'Amérique, mais il s'agit probablement de B. chippewaensis poussant sous les pins blancs, ou de la forme rousse de B. subcaerulescens poussant sous les pins gris, dépendamment des auteurs.

Il ne faut pas oublier que les taxons B. subcaerulescens et B. aurantioruber (orange rouge, donc roux!) ont été décrits sous les noms de "B. edulis ssp. subcaerulescens" et "B. edulis ssp. aurantioruber" par Snell & Dick, à partir de récoltes venant des plantations de pins sylvestres au Nouveau-Brunswick. De belles aquarelles les montrent côte à côte dans "The Boleti of northeastern North America" de Snell & Dick (1970). On voit bien qu'il s'agit de la même espèce, seule différence, subcaerulescens est plus vineux. Les deux aquarelles montrent une tache bleu-vert sur les pores des tubes pour les deux variétés...

Finalement, je trouve rarement des cèpes avec le pied complètement NON réticulé, même à l'apex, surtout sous les bouleaux, mais aussi parfois sous les conifères.

L'enfer tout ça... (ou le paradis!?!).

YL :-)
MOD
Roland* PRO Posted 7 years ago. Edited by Roland* (moderator) 7 years ago
Le paradis Yves. On va se rendre au paradis avec notre site.
Voilà l'avis éclairé d'un expert qui dit que '' c'est l'enfer tout cela et qu'on est loin de connaître la conclusion de toute cette histoire ''.
C'est maintenant encore un petit bout d'histoire de la mycologie au Québec et de ce mycologue que l'on apprend grâce à un simple tableau de cèpes.
Le tableau a été obligatoirement corrigé un peu et c'est tant mieux, car il n'est que meilleur, exactement comme les cèpes eux-mêmes.

Roland
Tout un exposé !!!!
Pour l'emblème de Mycoquebec on aurait du prendre des bolets Satan plutôt que des cèpes
MOD
Roland* PRO Posted 5 years ago. Edited by Roland* (moderator) 5 years ago
Ce tableau vient d'être actualisé avec l'ajout de Boletus atkinsonii et Boletus variipes comme cèpes du Québec.

Roland
Groups Beta