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Edward Lorenz, l'effet papillon |
Edward Norton Lorenz
né le 23 mai 1917 à West Hartford,
Connecticut, † le 16 avril 2008 à
Cambridge
Lorenz découvre le principe fondateur
de la théorie du chaos
Né en 1917 à West-Hartford
(Connecticut), Edward Lorenz racontait
que, enfant, il s'était « toujours
intéressé aux nombres » et qu'il était «
fasciné par les changements du temps ».
Après des études de mathématiques au
Dartmouth College (New Hampshire) et à
l'Université d'Harvard (Massachusetts),
il obtient, en 1948, un doctorat de
météorologie au MIT. Une discipline à
laquelle il avait décidé de se consacrer
lorsqu'il était, durant la seconde
guerre mondiale, météorologiste pour
l'armée de l'air américaine. Nommé
professeur au département de
météorologie du MIT, il en sera
responsable de 1977 à 1981, avant de
prendre sa retraite en 1987.
Au début des années 1960, c'est en
faisant tourner un modèle informatique
de prévision du temps qu'il observe que
des modifications infimes dans les
paramètres initiaux peuvent aboutir, au
final, à des résultats radicalement
différents. Il en tire la conclusion,
dans un article publié en 1963, qu'il
est impossible de réaliser une prévision
météorologique à long terme - au-delà de
deux ou trois semaines - avec un degré
de précision acceptable, étant donné
d'une part les incertitudes inévitables
dans les données fournies aux modèles,
d'autre part la multiplicité des
paramètres (vent, température,
humidité...) à prendre en compte.
Il formalise ce constat l'année
suivante en décrivant comment, en jouant
sur quelques variables seulement, un
comportement chaotique peut apparaître
dans un système formellement très
simple. La théorie du chaos est née.
Elle devra sa notoriété à la fameuse
question qu'il pose en 1972, lors d'une
réunion de l'American Association for
the Advancement of Science : « Le
battement d'ailes d'un papillon au
Brésil déclenche-t-il une tornade au
Texas ? »
La formule fera florès. Mais elle sera
souvent été interprétée, à tort, comme
l'affirmation d'un principe de
causalité, une petite cause pouvant
avoir de grands effets. En réalité, elle
souligne la sensibilité d'un système
dynamique - atmosphérique ou autre - aux
conditions initiales. Lorenz ajoute
d'ailleurs : « Si le battement d'ailes
d'un papillon peut déclencher une
tornade, il peut aussi l'empêcher. »
Développements féconds
Pour certains historiens des sciences,
Edward Lorenz a redécouvert plutôt que
véritablement découvert la théorie du
chaos. Dès la fin du XIXe siècle, le
mathématicien français Henri Poincaré,
qui travaillait sur le mouvement des
planètes, avait pressenti que les
systèmes déterministes n'avaient pas
forcément un comportement prédictible,
une erreur, même minime, dans la
connaissance de l'état initial étant
rapidement amplifiée. L'intuition de
Poincaré ne fut pas reconnue à sa juste
valeur par ses contemporains.
Lorenz, lui, bénéficia de l'émergence
de l'informatique et des ordinateurs,
dont la puissance de calcul donnait les
moyens d'étudier des systèmes gouvernés
par un très grand nombre de variables ou
des opérations réitérées à l'infini. Ses
travaux mirent toutefois plusieurs
années à être assimilés par de multiples
disciplines scientifiques, à commencer
par les mathématiques, pour lesquelles
ils ont eu des développements
extrêmement féconds.
Membre de l'Académie des sciences
américaine, colauréat du prix Crafoord
1983, Edward Lorenz avait reçu, en 1991,
le prix Kyoto pour les sciences de la
Terre et de la planète, couronnant « une
découverte qui a entraîné l'un des
changements les plus radicaux dans la
conception humaine de la nature depuis
Isaac Newton ».
Décrit par ses proches comme « un
parfait gentleman et un modèle
d'intelligence, d'intégrité et de
modestie », cet amateur de ski de fond
continuait, quelques semaines avant sa
mort, à pratiquer la randonnée, tout en
mettant la dernière main à un ultime
article scientifique.
Remerciements à Pierre Le Hir in
"Le Monde" 23 avril 2008
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