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Theo Angelopoulos est mort, mardi 24 janvier, dans la soirée, à l'âge de 76 ans, après avoir été renversé par un motard dans la rue. En attendant de revenir plus longuement sur la carrière de ce grand réalisateur (Palme d'or en 1998 pour “L'Eternité et un jour”), nous republions cet entretien paru dans “Télérama” en 1995, l'année où il présentait à Cannes son film “Le Regard d'Ulysse”.
Le regard. Tout est affaire de regard, dit Theo Angelopoulos. On ne peut imaginer plus grec que le regard d'Angelopoulos. Mais justement parce qu'il est grec, ce regard ignore les frontières. Il se pose loin, très loin, au-delà d'un horizon incertain, perdu dans le brouillard, noyé dans les rêves. C'est la force, la portée de ce regard qui lui a permis de défier la dictature des colonels (Le Voyage des comédiens). C'est cette même force qui lui a fait affronter la détresse de l'exil (Voyage à Cythère), de l'absence (Paysage dans le brouillard), du déracinement (Le Pas suspendu de la cigogne) et, aujourd'hui, de la guerre (Le Regard d'Ulysse). S'il est une raison de ne pas désespérer des Balkans, de croire qu'un jour les hommes pourront y revivre ensemble, elle est là, dans la mélancolie revendiquée de ces plans-séquences qui traversent les frontières et le siècle, qui réconcilient la mémoire et l'espace. Le monde et le cinéma selon Angelopoulos : chacun y a sa place.
....... (Télérama)